Maman, de Alexandra Leclère



Maman, de Alexandra Leclère (Les soeurs fâchées, Le prix à payer) affiche un trio remarquablement pêchu : Josiane Balasko (la mère), Marina Foïs et Mathilde Seigner (les deux filles). On apprend très vite que les deux filles n’ont pas vu leur mère depuis 20 ans, et que celle-ci débarque à Paris, où elles habitent, parce que son mari vient de la quitter. Elle revient donc dans la vie de ses filles parce qu’elle a besoin d’elles.

C’est à Alexandra Leclère que nous devons les comédies Les soeurs fâchées et Le prix à payer. La réalisatrice a déjà offert des films traitant des relations entre soeurs, et des relations de couple. Avec Maman, elle s’attaque à nouveau à ces sujets, mais en y ajoutant une mère acariâtre. De quoi faire une belle comédie… dramatique.

Les deux soeurs ne réagissent pas de la même manière à l’arrivée de leur mère dans leur vie. L’une d’elles,  Alice (Marina Foïs), apparaît comme la plus fragile, la moins catégorique quant à l’attitude qu’il convient d’adopter vis-à-vis de la mère. Elle lui trouve un appartement, avec l’aide de son mari Serge (Serge Hazanavicius), agent immobilier. Sandrine (Mathilde Seigner) quant à elle tient à garder ses distances, et ne souhaite d’ailleurs pas non plus parler à sa mère au téléphone. C’est la grande gueule de la famille, celle qui apparaît comme la plus forte des deux, qui d’ailleurs dompte l’un de ses supérieurs (Michel Vuillermoz) et en fait son amant dévoué et patient malgré une attitude pour le moins déplaisante.

Josiane Balasko campe une mère impénétrable, incompréhensible, presque folle dans sa relation avec ses enfants. Elle ne dit jamais merci, et tout ce qui sort de sa bouche est un reproche. Odieuse, égoïste, violente, manipulatrice, incapable d’amour. Telle est Paulette, qui préfère qu’on l’appelle « Mine ».

N’en pouvant plus de subir les colères injustifiées d’une mère incapable de leur donner un peu d’affection, les deux filles vont la kidnapper, et la séquestrer dans une maison isolée de Bretagne dans un but précis : elle devra les aimer.

Le film fonctionne très bien jusqu’à cet épisode. Bien sûr, la mère ne se laisse pas faire et les filles finiront par l’empêcher de partir en lui attachant au pied non pas un boulet au bout d’une chaîne, mais une ancre. Les filles enchaînent une mère qui les déteste, par amour. L’ancre est un joli symbole. Alors que la mère est obligée de la porter pour se déplacer dans la maison, on comprend qu’elles cherchent à l’ancrer dans la réalité familiale : « tu es notre mère, agis comme telle ».

Le spectateur se surprend à rire, puis ressent d’un coup comme un malaise. Les petits silences deviennent très pesants. Les trois actrices se transforment peu à peu : la mère devient pire qu’au début du film, montant crescendo vers l’ignoble ; Sandrine, qui paraissait si forte, n’est peut-être plus si sûre d’elle-même, redevenant petite fille qui pendant trois semaines n’a pas décroché quand sa mère l’appelait, mais n’a pas pu s’empêcher non plus d’écouter ses messages insultants avant de s’endormir le soir ; Alice quant à elle sort de ses gonds, et se révèle être la plus violente de toutes, campée par une Marina Foïs capable d’incarner la fragilité et la rage dans le même instant.

C’est authentique. Incroyablement bien fait : chacune, sauf la mère, est montrée tant dans ses doutes que dans ses certitudes, puisque nous sommes faits de tout cela à la fois, oscillant sans merci au gré de la vie et des autres. Tout fonctionne, jusqu’à la gifle.

Alexandra Leclère aurait pu écrire là un chef-d’oeuvre sur les rapports mère-fille. L’histoire est belle : une mère qui pendant 40 ans est incapable d’aimer ses enfants. Des filles qui pendant 20 ans ont lutté très fort pour ne pas sombrer : ni dans la répétition, ni dans la dévotion aveugle au nom du sang, ni dans le désespoir, les trois n’étant ni des solutions ni des manières de vivre. Elles génèrent à leur tour d’autres incapacités, qui ne sont pas strictement identiques, car qui peut dire qu’à 100% tout est héréditaire, écrit et reproduit ? Il y a aussi les interrogations, les conflits, et ces petits détails tels que le fait de ne pouvoir appeler « maman » une femme que l’on ne ressent pas comme telle. Tout cela par petites touches, ou parfois à renfort de discussions, et ça fonctionne.

Puis, il y a la gifle, la mère qui vacille, et « maman ». Et au moment où la mère chancelle et faillit à sa monstruosité, alors tout cesse de fonctionner. Une gifle, une nuit, et le regard change. Le film perd alors sa crédibilité. Non, décidément, au bout de 40 ans, à l’impossible nulle mère n’est tenue.

 

Réalisé par : Alexandra Leclère

Avec : Josiane Balasko, Mathilde Seigner, Marina Foïs

Production : Les films du Worso

Distribution : Wild Bunch Distribution

En bref :

Maman n’est pas aussi drôle que pourrait le laisser penser la bande-annonce. Le film se révèle en réalité assez psychologique et réaliste, jusqu’au moment où le personnage principal vacille. Un retournement de situation qui n’est pas crédible, et qui fait que le film échappe à la perfection. Un film qui aurait pu devenir l’une des références du cinéma consacré aux relations mère-fille. A voir malgré tout car le jeu d’actrices est absolument remarquable. Malheureusement, en sauvant la mère, Alexandra Leclère bousille son film.


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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.