Pourquoi lire Sylvie Testud ?

Quand on est actrice, pourquoi vouloir être écrivain aussi ? Pour quelle raison un acteur, une actrice, qui incarne tant de rôles et de personnages voudrait-il écrire de ces petites histoires qu’on emporte aussi bien sur la plage, dans son lit, que dans le métro ? Quels personnages et caractère pourrait bien inventer une actrice qui en crée déjà tant à l’écran ? Y a-t-il, enfin, un quelconque intérêt littéraire dans les livres de Sylvie Testud ? Et bien en fait… pas tellement. Cependant, elle a ce don extraordinaire de vous donner du plaisir par de petits récits, autant que lorsqu’elle joue l’une des soeurs Papin, Sagan, ou Amélie-San. Alors que donne-t-elle ? Et bien elle se donne elle-même.

Là est en effet tout ce qu’il y a de plus attachant, hilarant chez Sylvie Testud l’écrivaine. Dans ses petits livres (dévorés très vite car peu épais, et rassemblant de petites histoires courtes), elle se raconte telle qu’elle est, elle, Sylvie, derrière la caméra. Chez elle, avec son chien Tiago, qui ne semble être né que pour lui rendre la vie impossible ; elle en train de décapiter sauvagement au sabre un pauvre ficus qui n’a rien fait ; elle pendant une scène d’amour tournée pour le cinéma ; elle dans la salle de maquillage… Rien qu’elle, et toujours elle. C’est ce qui est ennivrant dans le fond car, Testud jouant toutes les femmes, n’écrit que Sylvie dans son banal quotidien.

Elle semble écrire avant tout pour se retrouver, et surtout pour dire ce que Sylvie ressent vraiment lorsque Testud fait semblant. Ainsi, la fabuleuse scène de la pluie était en fait un calvère pour les acteurs, le métier d’acteur peut être parfois dangereux, difficile. Les césars, elle n’en retient qu’une paire de chaussures douloureuse, une grande fatigue et une coiffure, une robe et des bijoux qui ne lui appartiennent pas.

Surtout, si l’on devait lire Testud, ce serait pour le plaisir de la retrouver clown telle qu’elle peut l’être vraiment (voir Stupeur et Tremblements). Dans une narration pleine d’auto-dérision, elle s’amuse à nous écrire les films qu’elle peut se faire au quotidien : Sylvie la trouillarde, la parano, l’hypocondriaque, la paniquée, la dormeuse. Il y a donc un intérêt à lire Il n’y a pas d’étoiles ce soir, Le ciel t’aidera, et Gamines : c’est celui d’y retrouver cette petite dame qui sait si bien se cacher, et qui est encore plus touchante et rigolote qu’on le pressentait en la voyant dans la salle obscure, et sur le petit écran.

Un article initialement paru dans Le Magazine des Livres  n° 12 paru le 24 septembre 2008

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.