TMLP, de Gilles Rochier (Six pieds sous terre)

Ecrites en lettres géantes sur la couverture, les initiales TMLP ont quelque chose d’intrigant.  Lorsqu’on les déchiffre, elles deviennent presque gênantes. Mais il ne faut pas être gêné par cette bande dessinée bichrome qui ne prône ni la violence ni la vulgarité.

 Nous sommes dans les années 80 où Gillou, un pré-ado, évolue dans un ensemble HLM, livré le mois de sa naissance ce qui fait de lui le premier enfant de la cité. Il avoue que cela ne lui a « jamais rien apporté » d’ailleurs. Il fait les 400 coups avec ses potes. Ils sont tantôt pourchassés par les « plus grands » pour être bizutés, tantôt enguirlandés par leurs parents pour avoir fait des bêtises plus grosses qu’eux, tantôt en train de chaparder des Granolas à la supérette du coin.

Voilà ce qu’étaient les gosses de banlieue au début des années 80, avant que ne prenne le relais une autre façon de vivre et de se parler, une autre façon de considérer l’autorité. A cette époque, aussi, quand un pervers traînait dans le quartier, les patriarches lui faisaient sa fête. Les mères, quant à elles, s’adonnaient en fin de mois à une tout autre activité, gardée secrète.

 Un beau jour, le quotidien bascule aux yeux de tous, parce que ce qui ne devait pas être dit a fini par être prononcé, et devant toute la bande. Ce qu’il y a de plus paradoxal dans le récit de Gilles Rochier, c’est que ce moment où les vies basculent dans l’horreur, et sont ainsi condamnées à être hantées à jamais par cette journée funeste, ce moment est causé par un objet symbolisant le partage entre camarades. Une cassette appartenant à tous, et où chacun a enregistré une partie de soi en particulier.

 Le dessin de Gilles Rochier possède quelque chose d’atypique, il n’est pas académique. A la fois, il va à l’essentiel des traits du visage, mais s’attache aux détails qui façonnent le faciès traduisant un parcours. Il y a, à la fin, ce moment où il ausculte presque le passage du temps sur le corps d’un ancien camarade. On sent également à la fois un attachement à la banlieue, et une part de regrets, peut-être. Le tout inspire sensibilité et honnêteté. Partie non négligeable de l’histoire : vous ne trouverez aucun cliché dans cette BD. On sait, à sa lecture, pourquoi Gilles Rochier a reçu le Prix Fauve d’Angoulême cette année (Prix révélation). On est bien content de l’avoir dans le paysage de la bande dessinée.

 TMLP, Gilles Rochier, Six pieds sous terre, février 2011, 72 pages, 16 euros.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.