Les pissenlits, de Kawabata

Les éditions Albin Michel viennent de publier un ouvrage inédit de l’immense Kawabata, Prix Nobel de littérature. Ce roman inachevé s’inscrit dans la lignée de ses plus grands chef-d’oeuvre, tels que Les belles endormies, ou la Danseuse d’Izu.

Nous sommes dans la ville d’Ikuta, où les pissenlits fleurissent à perte de vue. La cloche d’un asile résonne : c’est aux fous qu’on demande de battre à volonté afin de les soigner. Entendre son chant métallique serait un moyen de purger leurs âmes, de leur donner une chance d’échapper à ces «t emps démoniaques » qui envelopperont bientôt le monde.

Inéko vient d’être déposée dans cet asile psychiatrique par Hisano, son promis, et sa mère.

C’est avec une hantise à demi teintée de regrets qu’ils s’éloignent sans pouvoir se résoudre à quitter les alentours, se réfugiant pour la nuit dans une auberge voisine. Ensemble, ils vons discuter de la maladie d’Inéko, de cette «cécité au corps» qui fait qu’elle ne voit plus le corps de son amant, et pourrait peut-être le tuer, comme cette mère qui a tué son enfant, étranglant son cou devenu invisible. Ils vont évoquer ce «décès tragique» du père qui est peut-être à l’origine de leur mal-être.

Les deux personnages devisent longuement, tournant en rond dans leur conversation, prenant leurs destins respectifs sous tous les angles, cherchant à percer les mystères de ce qui les encombre, allant de confidences en aveux, de doutes en renoncements.

Kawabata nous promène à travers des personnages torturés, incapables de lâcher prise, bercés parfois par des illusions sorties de nulle part, comme le passage de cet « elf » qu’il faudrait peut-être « adopter », malgré un désamour des enfants.

Le roman est inachevé, mais lorsque nos yeux se posent sur les derniers mots, on se dit que Inéko a peut-être contracté une maladie providentielle, cachant à sa vue les démons de l’autre, tandis qu’elle sonne plus fort encore la cloche la préservant de ce qui est inaudible.

Les pissenlits, Yasunari Kawabata, Albin Michel, 1er mars 2012, 200 pages, 18€25. Traduction Hélène Morita.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.