Solo, de Philippe Decouflé

Il a evolué avec son temps, jouant des ombres de lui-même, en en créant même parfois d’artificielles (Sombreros), se multipliant et jouant de lui à profusion, tombant, se relevant puis se jetant en écho : dansant bien sûr, avec avidité. Ici il est seul, pour un « Solo » où il devient son propre jouet, un instrument fait de boucles et de répétitions. Philippe Decouflé est un danseur qui, hier soir, s’est transformé en illusionniste. Jamais il n’aura autant joué avec notre regard. Il s’est approprié une machine dont le nom nous est inconnu, et grâce à laquelle il devient mille hommes ramant sur un drakar, ou bien une énorme bête volante aux ailes infinies. Le geste se fait multiple, mouvement d’ensemble par le miracle de la répétition numérique. La répétition, il connaît : c’est un peu sa vie, homme sans cesse sur le plateau servi au gré des recommencements.

Philippe Decouflé se livre dans ce qu’il a de plus intime, allant jusqu’à dérouler devant nous des photos de famille : parents, amis, enfants, épouses (3 !). En toute sincérité, il se dénude et montre toutes les facettes de lui-même, tous ces gestes qui l’obsèdent. Il avoue vouloir griser le spectateur de bien des danses mais ne pas pouvoir toutes les montrer : il est seul, et il a 50 ans.

On se surprend à se demander si ce spectacle est d’ailleurs un délire de cinquantenaire. Au bout de quelques instants, on ne peut plus croire à cette hypothèse. Philippe Decouflé s’amuse, c’est un homme-enfant et c’est ce qu’il veut montrer. Solo est l’oeuvre d’un homme-gamin qui ne peut s’empêcher de s’agiter dans tous les sens, avec beaucoup de sensualité, de poésie, et de l’humour aussi très souvent. Dans le troisième volet de ce spectacle, le danseur se met à nouveau dans la peau du petit garçon, dans un dernier hommage à son papa, une valse bleue terrifiante où le souffle paternel s’essouffle et s’éteint peu à peu.

Dans la conclusion, il montre le coeur de la halle, offrant tout jusqu’au bout, même ce qu’on lui confie, passeur avant tout.

Solo, c’est jusqu’au 15 juillet à la grande Halle de La Villette, et je vous conseille aussi d’aller voir l’exposition très… participative de Découflé « Opticon ».

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.