Thermae Romae, de Mari Yamazaki

Mari Yamazaki est née au Japon. Sa mère, musicienne professionnelle, la pousse à découvrir le monde. C’est ainsi que très jeune, Yamazaki part en Europe où elle rencontrera un vieil homme italien qui lui conseillera d’étudier les Beaux-Arts non pas en France, mais à Florence.

Elle se mariera plus tard avec le petit-fils du vieil homme. Ils vivent d’abord de petits boulots très pénibles, puis Marie Yamazaki part au Japon, fait carrière dans le journalisme et le manga. Après avoir vécu dans plusieurs villes d’Europe et du Moyen-Orient, ils vivent avec leur fils à Chicago.

C’est avec Thermae Romae que l’auteur connaît la consécration. Elle a beaucoup écrit sur l’Italie, beaucoup dessiné surtout. Ce fut longtemps son sujet principal, avant de passer à une particularité très spéciale du monde romain : les bains. L’Italie a toujours conçu et entretenu un amour pour les thermes. C’est à la fois un endroit de détente, mais aussi un endroit presque sacré. Certaines thermes sont érigées en l’honneur de dieux. Elles favorisent la détente du corps et l’élévation de l’esprit.

C’est un point commun partagé entre l’Italie et le Japon, où le soin du corps et de l’âme est tout aussi important que pour les Romains, depuis des siècles. Grande admiratrice de Osamu Tezuka (voir article au sujet de Ayako) et Yoshiharu Tsuge, auteur de carnets de voyages et de récits surréalistes, Marie Yamazaki plonge (sic !) son lecteur dans un monde où le personnage principal voyage à travers le temps.

L’histoire de ce manga se situe à l’époque de l’empereur Hadrien, grand érudit et amoureux de l’architecture. Il va s’offrir les services de Lucius Modestus, un architecte a priori comme les autres, mais qui possède apparemment un don de visionnaire. Lorsqu’il se trouve dans une impasse, il tombe dans l’eau et se retrouve au Japon, le pays des « visages plats » des siècles plus tard…

Lorsqu’il revient, il construit à Rome le fruit de ses visions…

L’auteur s’est inspirée du célèbre ouvrage de Marguerite Yourcenar, Les mémoires d’Hadrien, mais aussi de la série Rome, elle aussi très très réaliste et très beau modèle de recherche historique. Lucius Modestus est un personnage entièrement inspiré par Lucius Vorenus, de la série Rome. Cela n’aura certainement pas échappé aux fans de la série, ni aux passionnés de la Rome antique. Comme les auteurs de la série, mais également les auteurs de la bande dessinée Murena, Mari Yamazaki souhaitait que son manga ne comporte pas de faille historique. Elle s’est donc également appuyée sur son mari qui est historien.

Ce manga a été publié pour la première fois en 2008, et connaît un succès immédiat. Deux tomes ont été pour l’instant traduits pour la France. Le troisième sort au mois de juin, et le quatrième au mois d’octobre 2012, chez Sakka éditions.

L’ampleur de son succès a sans aucun doute plusieurs raisons : d’abord, il y a cette idée de génie qui consiste à rapprocher la Rome antique et le Japon par leur passion des bains. Il y a ensuite ce phénomène surréaliste de la traversée des temps. Il y a aussi la recherche cachée derrière le manga, qui se ressent à chaque page, le transformant en mine d’informations historiques. Il y a l’histoire dans l’Histoire : on s’attache très vite à cet architecte passionné, qui ne comprend pas ce qui lui arrive. Et enfin, il y a le talent de Mari Yamazaki et son trait magnifique, la manière dont elle représente les Japonais, qui n’est pas habituelle, et la passion qui se ressent et se transmet à la lecture du manga.

Une passion qui ravira les passionnés comme les néofites.

Thermae Romae, Mari Yamazaki, Editions Sakka, Tomes 1 & 2, 186 pages noir & blanc et couleurs – Prix – 7€50, Sens de lecture japonais.

Nota : la série est déjà adaptée à la télévision et diffusée au Japon depuis janvier 2012. Mais ce n’est pas tout ! Un film en prise de vue réelle est

également sorti a Japon en avril 2012. Espérons qu’il débarque très bientôt chez nous !

Souhaitons bon courage aux traducteurs : Ryôko Sekiguchi et Wladimir Labarre

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.