Les bonnes, de Jean Genet

Jusqu’au 1er septembre se joue Les Bonnes au théâtre du Lucernaire. Monté par la compagnie Théatra et déjà joué plus de cent fois, cette énième mise en scène de la pièce de Jean Genet tire superbement son épingle du jeu.

Rappel des faits: Solange et Claire sont deux sœurs au service de Madame. Leur haine pour cette dernière est inversement proportionnelle à l’amour qu’elles se portent mutuellement.

Solange, la meneuse, et Claire, la fragile, jouent quotidiennement la ‘cérémonie’ où elles simulent l’assassinat de leur maîtresse dont elles ne cessent de rêver. Interprétant tour à tour le rôle de la vieille dame, les rapports de force se dessinent, s’inversent et l’on ne sait plus qui domine, qui joue, ne joue plus, qui aime le plus l’autre. Leurs liens frôlent l’inceste, la haine, l’amour sans détours que seules peuvent avoir deux membres d’une fratrie. Leurs illusions d’un ailleurs tomberont aussi vite que leurs costumes.

Copyright Julien Cauvin

Pour interpréter ce duo célèbre, les metteurs en scène Serge Gaborieau et Armel Veilhan se sont entourés de deux fabuleuses comédiennes. La fausse ingénue Claire est interprétée par Marie Fortuit, épatante dans le maniement des registres comiques comme tragiques. Violaine Phavorin, quant à elle, campe la dangereuse Solange. Elle souffle par sa maîtrise du texte, sa parfaite diction et un timbre de voix qui change aux moments dramatiques avec une force toute naturelle. Odile Mallet, déjà aperçue cette saison dans Les larmes amères de Petra Von Kant à l’Athénée campe une Madame délicieusement méchante et pleine de maladresse.

Dans un décor subtilement japonisant, les trois actrices servent avec brio une mise en scène au plus près du texte de Genet. Les répliques n’ont pas pris une ride et, dans une économie de moyens, sans fards, ni poudre aux yeux, on ressort enchanté de cette lecture inédite et bienvenue.

Article disponible également sur le blog de Diane.

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About Diane Maretheu

Si elle n’avait pas commencé par être libraire, Diane aurait volontiers été hôtesse de l’air, chef pâtissier ou dixneuviemiste. Biberonnée à Brassens autant qu’à Led Zep, cet éclectisme se retrouve dans ses goûts littéraires notamment, de Siri Husdvedt à Laurent Mauvignier (son héros). Son amour pour Paris et le plaisir qu’elle prend à se perdre dans ses rues est sans limite. Elle a bien tenté de brûler les planches, sans grand succès, et n’aime désormais rien de plus que s’asseoir dans le noir et regarder des acteurs lui raconter une histoire, une heure ou deux, ou plus.