Enemigo, de Jirô Taniguchi

On connaît généralement Taniguchi pour ses récits contemplatifs et introspectifs, tels que Quartier lointain, Journal de mon père, Terre de rêves, L’Homme de la toundra. Ses dessins, tout comme ses histoires, sont très poétiques, voir philosophiques. Parmi ses thèmes favoris, on retrouve la famille, les animaux, la nature. On pourrait presque le qualifier de «mangaka du paisible».

Enemigo, qui a été écrit aux début des années 80. Il parle d’un homme, Kenichi Seshimo, partant à la recherche de son frère, patron de l’entreprise paternelle à laquelle lui-même a renoncé autrefois, qui a été enlevé en Amérique latine, pour des raisons à la fois politiques, économiques, et familiales.

 C’est donc au coeur du Nasciencio que Kenichi va devoir mettre à profit ses talents de détective privé New Yorkais pour retrouver son frère. Pour ce faire, il devra se confronter aux révolutionnaires, à l’Etat qui voit en cet enlèvement le moyen de débusquer leur chef, mais aussi… aux manigances d’un oncle jaloux, pressé de reprendre la tête de la compagnie Seshimo.

Taniguchi nous embarque ici dans une intrigue à mille lieues de ses histoires habituelles : on retrouve son goût pour la fraternité, son amour pour les animaux, mais aussi de brillantes scènes d’action et d’amour. Sans conteste, Enemigo prouve que l’un des plus grands maîtres du manga contemporain est capable d’exceller dans des genres radicalement opposés.

 Son style n’était pas encore ce qu’il est devenu vingt ans plus tard, mais l’on reconnaît néanmoins déjà sa quête d’exactitude dans la posture, et la franchise de ses traits, y compris dans l’occidentalisation des visages de ses personnages.

 Enfin, qui dit action ne dit pas forcément absence de sentiments, et les caractères de Taniguchi ont en commun, à toutes les époques, d’éprouver la vie et ses ruptures avec une émotion intense.

 Enemigo, Tanigushi, Sakka, juin 2012, 312 pages, 14 euros.

  • Edition augmentée de documents d’archives avec interview de l’auteur.
  • Copyright photo : Editions Sakka

Article initialement paru dans PILC Mag n°9

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.