Le blues du braqueur de banque, Flemming Jensen

Max est le bras droit du premier ministre. C’est aussi son meilleur ami. C’est un homme de génie rhétorique capable de se sor tir de toutes les situations possibles. Du moins, avant qu’une situation impossible ne survienne. Le narrateur n’est pas Max.
Nous avons donc ici un récit de seconde main rapporté et commenté par un homme dont on ne sait rien jusqu’au dénouement, si ce n’est que cet homme a le blues, et qu’il est braqueur de banque. Voilà donc une situation pour le moins alambiquée écrite par Flemming Jensen, dont les talents d’humoriste ne sont plus à démontrer.

L’histoire se passe au Danemark. Elle met en jeu, bien entendu, des tensions politiques entre le Danemark et la Suède, mais aussi une insurrection groenlandaise qu’il convient de contenir, même si c’est au prix d’un kayak. Le lien n’est pas aisé, nous sommes d’accord.

Sachez cependant que Flemming Jensen, ou plutôt son braqueur de banque, ou plutôt, mieux encore, son fabuleux Max, sont capables de ces rapprochements analogiques qui vous mèneront au rire en passant par le doute et l’incompréhension. En d’autres termes, tous les acteurs de ce roman, de l’auteur à ses personnages en passant par son narrateur vous feront tourner en bourrique et virevolter de folles absurdités en joyeuses plaisanteries avec une dose de cynisme, d’ironie, et même parfois… de vérité.

Max a un don particulier pour choisir parmi les vérités celle qui l’arrange le mieux. C’est sa façon d’agir, et il n’entend pas en changer tant qu’il reste une once d’espoir de persuasion. Max, c’est l’art de convaincre et de persuader son prochain de tout et n’importe quoi : y compris qu’il n’est pas en train de
discuter avec Max, si nécessaire.
Arrive alors, une fameuse nuit où son destin semble tout près de basculer à cause d’une bouteille de whisky (de la bouteille, pas du whisky), un personnage nommé Signe. N’aurait-il pas la possibilité de renverser le destin de tout le pays pour pouvoir sauver sa peau ? Et dire que tout est parti d’un
caprice de femme de premier ministre. Avait-elle vraiment besoin d’un canapé ? Parviendra-t-il à convaincre cette jeune scout que les faits ne sont ni ce qu’ils paraissent ni ce qu’ils sont en réalité ?

« Fais gaffe, si c’est trop difficile à comprendre je risque de redevenir méfiante ! »

Presque tout l’ouvrage repose sur cet enjeu, et sur un crime (et une bouteille de whisky) dont le décor est une cabane au bord de l’eau, pourvue d’une station météo. Vous verrez très vite que tout peut avoir son importance sur une scène de crime, et que le meurtrier revient toujours sur les lieux. Vous verrez combien peuvent être importants un kayak, un ballon gonflable, un téléphone portable, et… une bouteille de whisky. Mais ce n’est pas ce que vous croyez.

Ce huis clos magnifique et magiquement conté pourrait presque se comparer à un superbe vaudeville tant les dialogues sont savoûreusement inattendus et drôles. Le roman convient très bien à Monsieur flemming Jensen, et l’on espère qu’il s’y adonnera encore bientôt.

Le blues du braqueur de banque, Flemming, Jensen, Gaïa éditions, Avril 2012, 190 pages, 17 euros.

Roman traduit du danois par Andreas Saint Bonnet

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.