Le Chien de Don Quichotte, de Pia Petersen

Roman à la réalité augmentée

 

Pour son dernier roman, Le Chien de Don Quichotte, Pia Petersen avait pour mission de créer un roman autour du «Vendredi 13». Ce sera le nom d’une bande de jeunes geeks bienfaisants (selon eux), se définissant comme des robins du net, volant le butin des grosses entreprises pour le redistribuer à des associations caritatives.

En face de ces mini gentlemens hackers, vous avez Hugo, et son malfrat de grand patron. On comprend que ce dernier possède à peu près tout : la Défense, ou du moins tout un immeuble isitué, des employés, des comptes en banque bien garnis, et surtout le droit de maudire quiconque se mettrait en travers de son chemin, y compris son serviteur s’il lui prenait l’envie de ne pas vouloir se débarrasser d’un gêneur.

L’ennui, c’est que depuis qu’un prêtre qui ne croit plus en Dieu mais prie chaque soir la sainte-bouteille, lui a donné le livre de Cervantès, Don Quichotte, Hugo ne souhaite plus faire que le bien autour de lui. D’autant que la dernière fois qu’il a tué, il a récupéré un adorable chien qui lui voue un amour reconnaissant et dévoué, et auquel Hugo ne peut pas résister…

Dans ce septième roman, Pia Petersen crée une situation totalement irrationnelle, où vont se téléscoper le monde des geeks, l’univers de truants quasi-sanguinaires, la religion, la philosophie (de comptoir, mais pas au sens où vous l’entendrez ici), la quête du bien, et la malédiction du mal. On est à la fois dans l’hyper-réalité et le fantasme absolu d’un monde où chaque personnage serait une exagération de lui-même. Cela donne, après quelques chapitres, un huis-clos des plus inattendus, que Pia Petersen arrive à maintenir sur sa longueur, en une scène où chacun se cloître dans ses obsessions, une sorte de Pulp Fiction au ralenti, qui est en tout cas très très réussie et ne perd pas son lecteur.

Le bonus : un suspens qui vous maintient sur un fil, à mi-chemin entre le rire et l’angoisse, vacillant comme une chandelle devant le souffle divin.

Le Chien de Don Quichotte, Pia Peterson, Editions La Blanche, mars 2012, Collection vendredi 13, 224 pages, 15 euros.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.