Noces de sel, Maxence Fermine

On ne présente plus Maxence Fermine. Depuis son magnifique Neige, il nous balade de ses contes noirs à ses fables merveilleuses et nous présente des personnages de plus en plus moqués par la vie, ses mensonges et ses mystères. Toujours, chez Fermine, on retrouve des caractères forts, épris, et malmenés par des événements qu’ils ne peuvent contrôler. Le romancier est maître en son atelier, et visiblement, il n’a pas prévu d’épargner ses créations.

Noces de sel ne fait pas exception à cette règle. Valentin Sol est un jeune raseteur. Sa vie est dans l’arène, face au taureau. Mais lorsqu’il en sort vainqueur, c’est pour donner tout son amour à Isoline Fontanès, une des plus belles héritières de la ville d’Aigues-Mortes. Dès le premier chapitre, on saisit la destination où Maxence Fermine a l’intention de nous mener :

« Valentin Sol venait de faire un rêve troublant. Il
s’était vu enterré debout face à la mer. »

La suite nous dira qu’il oublie sa croix, qu’il porte pourtant en toute circonstance, le jour où il doit affronter un terrible taureau… Son amour pour Isoline, pourtant partagé, n’aura été que de très courte durée : un instant seulement, puisque le père de cette dernière, pour des raisons mystérieuses, met fin à leur relation. A Valentin revient donc la tâche de rendre cet amour éternel.

Le récit de Noces de Sel est très très court. L’on pourrait presque le qualifier de nouvelle. Son histoire est simple : romantique, ténébreuse, perdue. C’est ici
que réside tout le talent de Maxence Fermine, qui ne fallit jamais à ses habitudes : il nous offre une tragédie amoureuse d’une imparable efficacité, dans la forme concise à laquelle il nous a habitué. Qui a dit qu’il était forcément plus facile d’écrire de courtes histoires ?

On aurait tort de se laisser duper par de vaines conclusions : la sobriété est un art, et à l’art de la sobriété Maxence Fermine excelle, sans se dispenser d’offrir un récit qui habite paradoxalement longtemps, et dont les personnages viennent hanter votre univers bien des jours après la lecture. Parlez d’Espagne, d’Arènes, d’amour et de soleil ardent, et quelque part au fond de vous viendra raisonner la voix de Valentin Sol :

« Je t’ai aimée le temps de noces de sel, un instant
fugace ou une éternité… »

Noces de Sel, Albin Michel, Mai 2012.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.