I am a hero, Kengo Hanazawa

I AM A HERO © 2009 Kengo HANAZAWA / Shogakukan Inc.

« Il croyait avoir une vie normale, il va basculer dans l’horreur ». Avec la couverture de ce nouveau manga signé Kengo Hanazawa, nous sommes prévenus. Très fortement inspiré de l’oeuvre de Richard Matheson, et du film Je suis une légende, le manga s’offre un premier tome qui vous installe doucement dans la vie d’un assistant mangaka pour le moins étrange, et passe ensuite à la vitesse supérieure. Les tomes 2 et3, déjà sortis, vous maintiennent en plein coeur d’un cauchemar éveillé.

Le personnage d’Hideo Suzuki, notre « héros », entre en chez lui en dansant une sorte de Staying alive. Il a peur du noir, de la solitude, se demande chaque jour s’il va coucher avec sa petite amie Tekko, et semble avoir des hallucinations qui vous feront sans doute penser à l’univers de Haruki Murakami. Il rêve de devenir un grand mangaka, mais on ne cesse de lui faire comprendre qu’à son âge, 35 ans, il devrait plutôt créer un personnage qui a davantage de caractère. C’est un des sujets de conversation qu’il préfère éviter avec sa compagne, car elle idolâtre un mangaka qu’il déteste, et dont il est jaloux puisqu’il est l’ex de sa copine.

I AM A HERO © 2009 Kengo HANAZAWA / Shogakukan Inc.

La vie d’Hideo Suzuki n’est à priori pas compliquée, mais le caractère complexe de l’homme, ses phobies, et l’ambiance qui règne autour de lui au bureau ou chez sa copine font que son parcours n’est pas évident, plutôt un mélange farfelu.

Un jour, n’ayant pas de nouvelles de Tekko, il décide de se rendre chez elle. Il entend bien quelques annonces étranges à la télé et à la radio, mais n’y prend pas garde : dans son monde, un homme sort sa tête de la cuvette des toilettes pour lui donner des conseils de couple, une femme se relève après avoir été renversée et marche, la tête décrochée, pendant dans son dos… alors les choses bizarres, ça le connaît. Sauf que lorsqu’il arrive chez sa copine il assiste à quelque chose de nouveau, et se dit que le monde a tout de même un peu vacillé… et surtout qu’il doit sauver sa peau !

I AM A HERO © 2009 Kengo HANAZAWA / Shogakukan Inc.

Nous ne sommes ni dans La nuit des morts vivants, ni dans Je suis une légende. Ici, nous avons à faire à un anti-héros, qui cherche à se convaincre qu’il est un vrai héros. L’originalité du manga réside dans ce paradoxe, et dans le fait qu’étrangement, à part sa bizarrerie, le héros en question n’a pas vraiment de caractère, mais que le manga est réussi malgré cela. Sorte de mise en abîme des conseils donnés à son propre personnage ?

3 tomes de I am a hero sont déjà parus en France. Le premier est une mise en situation, dont la lenteur peut dérouter voir un brin agacer, avec beaucoup de dialogues autour du manga, de questions presque métaphysiques. On ponctue sa lecture de « WTF ? », se demandant où l’auteur veut en venir, avec la crudité et l’audace de son dessin. Le tome 2 nous installe dans une course poursuite avec des scènes non moins longues, qui nous tiennent en haleine, et un personnage toujours aussi loufoque, qui tient à payer un taxi quand bien même on vient de tenter de le tuer… Le troisième tome enchaîne poursuites, grand moment de solitude, d’horreur absolue, et rencontres pour le moins étranges…

Il y a donc une vraie cohérence dans ces trois premiers tomes, et l’on s’interroge sur la tenue de cerécit sur la longueur : la série doit faire 8 tomes en tout, et pour tenir, le mangaka devra user de rebondissements riches et originaux dans un récit où tout semble voué à la destruction… pas facile. C’est la difficulté du genre, et il parvient en tout cas à faire basculer son lecteur dans un monde gore et véritablement angoissant. Prodigieux.

Une nouvelle série est née cette année chez Kana, mais pas pour les âmes sensibles, à moins d’être un pro du 5ème degré. Excellent. On attend la suite avec impatience.

I am a hero, Kengo Hanazawa, Kana,Tomes 1, 2 & 3

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.