La chasse, de Thomas Vinterberg (14 novembre 2012)

Lucas, un quadragénaire en phase de reconstruction. Engagé dans une douloureuse bataille pour la garde de son fils, il travaille désormais en qualité d’animateur d’un jardin d’enfants. Sa vie est rythmée par la chasse, principal loisir de cette petite communauté danoise sans histoire où chacun se connaît et se soutient.

Pourtant, tout bascule brusquement, quand le plus léger chagrin infantile entraîne les accusations les plus sordides à son encontre. Commence alors une descente progressive aux enfers où Lucas sera mis au ban de la société et deviendra la proie de ses anciens amis. Survivre d’abord, s’innocenter ensuite.

Le retour de Vinterberg

 La chasse est le septième long-métrage de Thomas Vinterberg, cinéaste danois très proche de Lars Von Triers révélé au grand public en 1998, avec son décapant Festen.

Parfois, on peut penser à tort ou à raison que certains cinéastes sont les hommes d’un seul film, tant la déception prime après un premier jet de qualité. On pense par exemple à Danis Tanovic qui après un No Man’s land virtuose cherche encore aujourd’hui un second souffle. Pour Vinterberg, passé Festen et son utilisation personnelle du « Dogme » (style cinématographique utilisé notamment par Von Triers), les promesses se sont longtemps fait attendre, critique et public un tantinet déçus par sa production ces dernières années. La Chasse est donc pour lui un bon moyen de se remettre en selle, avec au final un sujet à la fois proche de Festen, tout en inversant cette fois les enjeux.

Selon ses dires, Vinterberg a puisé son inspiration des notes d’un psychologue pour enfants très renommé au Danemark. Ce dernier avançant l’hypothèse que les idées infantiles pouvaient se propager tel un virus, entraînant par la même des conséquences désastreuses. Bouleversé par sa lecture, Vinterberg accouche aujourd’hui de La Chasse et amène par la même l’attente d’une petite résurrection.

Retour en grâce, retour en trombe 

 De par son sujet principal, La Chasse peut tout aussi bien agacer, déranger, perturber parfois : un peu tout en même temps. L’équilibre entre principe de précaution et présomption d’innocence est plus que ténu surtout quand il s’agit de l’innocence perdue d’un enfant. Pourtant, en France, on ne connaît que trop les courants inverses d’un tel système depuis l’affaire Outreau.

Avec La Chasse, Vinterberg manie avec maestria les contours sinueux d’une fresque aux reliefs subtils. En partant d’un fait aussi banal qu’absurde, Vinterberg plonge le spectateur dans les rouages du froid mécanisme de la vengeance et dans les méandres d’un système pris en défaut par un simple mensonge. Résulte un imbroglio dramatique et des vies détruites.

Vinterberg écarte pourtant tout manichéisme, préférant nous montrer des personnages à fleur de peau en contraste avec la photo contemplative d’une contrée à peine perturbée par la neige. Sur le fond, on ne peut blâmer ni les uns ni les autres, juste regretter l’incongruité née d’une situation anodine.

Naviguant parmi les flots de ce drame poignant, la caméra de Vinterberg voit juste délaissant les effets de style pompeux adoptés par grand nombre de ses confrères pour une simplicité de ton aussi efficace qu’oppressante. La montée de violence va crescendo s’opposant au caractère effacé de Mikkelsen, pour un résultat somme toute saisissant. Lauréat du prix d’interprétation masculine au dernier Festival de Cannes, Mikkelsen fait mouche avec une interprétation aussi sobre que la mise en scène de son réalisateur.

Vinterberg propose quelques moments de grâce comme ce superbe plan séquence où Marcus ( le fils de Lucas ) admire briquet à la main les photos de jeunesse de son père dans l’obscurité.

En outre, en utilisant le thème sous-jacent de la chasse, Vinterberg envoie une image forte de ses protagonistes. Lucas est lui-même un chasseur émérite et la chasse est le symbole à la fois du primitivisme et de l’instinct de survie de l’Homme. La Chasse est un film qui rappelle les vertus premières de protection tribale, familiale et avant tout de sa progéniture au travers d’un sujet brûlant de société. Or, contrevenir à cet équilibre amène chacun d’entre nous à retrouver ses pulsions primaires pour préserver cet équilibre. Le chasseur à l’origine cherche à subsister et aire subsister les siens. Ici chacun veut faire de même, entraînant par la même un conflit inextricable où les liens d’antan ne seront jamais totalement renoués. Preuve est faite au terme d’un plan final tétanisant.

 Avec La Chasse, Vinterberg signe une œuvre qui puise toute sa richesse dans la simplicité même des fondamentaux sociaux et gagne par là même la maturité tant attendue. Film vibrant par son humanité, La Chasse sonne le cor d’une société en quête de vérité et d’ouverture face aux faux-semblants ou autres mirages du quotidien.

 La chasse, Film danois de Thomas Vinterberg, avec Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen, Annika Wedderkopp. Sortie nationale 14 novembre 2012

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre