Avancer, de Maria Pourchet

Maria Pourchet © Laurent Hini

Avancer, paru chez Gallimard dans la collecion blanche, avait à priori l’aspect d’un roman aux atours cérémonieux, presque solennels. L’histoire de Victoria, l’héroïne, que vous pouvez également appeler Agathe ou Marie-Laure selon la situation, est un personnage qui descend toucher le fond pour remonter ensuite.

Son aventure de quelques semaines, ici rapportée par elle-même et son double, puisqu’il faut se faire à l’idée d’une narratrice un brin schyzophrène, voit mêlées plusieurs notions qui méritent toute notre attention : vivant aux crochets de Marc-Ange, son ancien prof de sociologie, Marie-Laure (c’est son vrai nom) doit se coltiner la présence des deux jumeaux de son compagnon, dont l’un est un génie pot-de-colle et l’autre une calamité attardée. Elle persiste à croire qu’elle doit trouver sa «voie royale», et qu’elle est promise à un brillant avenir qu’elle ne connaît pas encore. De son balcon, elle observe le chantier d’en face, trou béant au milieu de la ville de Paris.

Avertissement : le roman de Maria Pourchet a cela de subtile qu’il ne donne pas de spectacle acablant ni de leçon de morale. Il y est certes question de quête de soi, d’identité, de chômage, de couple, d’enfants, de sans abris, mais rares sont les histoires qui s’emparent d’autant de sujets avec cet humour là.

En vérité, Victoria (c’est ainsi qu’elle s’appelle lorsqu’elle va de l’avant) qui cherche sa voie le nez en l’air, ou plutôt l’attend le nez au vent en regardant ce qui semble s’apparenter à un cratère, va peu à peu se confronter à cette vie qui ne semble lui avoir réservé aucun destin dans le sens grandiose du terme. Tour à tour enquêteuse de rue sur un sujet d’avenir (le Vélenville) qui avance, et voyante au bord d’un gouffre dans lequel son chat a bien failli y laisser sa peau, Victoria tente par tous les moyens de débrouiller les fils de son destin en interrogeant celui des autres.

Le gouffre et ses environs ne manquant pas d’habitants, elle trouve en la double personne de Dupont et Dupont, deux SDF, un refuge de quelque temps. Entendez : elle devient SDF provisoirement, en bas de chez elle, gagne beaucoup d’argent, enfin, et pousse très loin le paradoxe des événements et la parodie de sa descente aux enfers.

Maria Pourchet, invente ici un personnage au comportement improbable et absurde, qui va, au sens propre, aller donner un coup de pied au fond de la piscine, presque pour de faux tant la piscine est peu profonde. Marie-Laure n’a pas peur du ridicule, elle s’y soumet par défi. A l’atrocité (mitigée) d’une situation vient s’ajouter l’absurdité des réactions. L’écriture est vive et, bien que véritablement surprenante dans la manière de passer du «je» à la troisième personne pour parler du même personnage, Maria Pourchet ne perd jamais son lecteur, maîtrisant son audace jusqu’au bout. Une véritable réussite qui échappe aux pesanteurs d’un récit larmoyant grâce à l’envie manifeste de faire rire le lecteur. Une plume est née.

Avancer, Maria Pourchet, Gallimard, Septembre 2012, 222 pages, 17,90 €

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.