Entretien avec Manuel Candré, pour « Autour de moi »

Nous vous avions déjà parlé du premier roman de Manuel Candré ici. Un roman surprenant, intimiste, touchant. Rencontre avec l’auteur, dont on attend avec impatience les prochaines expériences littéraires.

Qu’est-ce qui vous a inspiré ce premier roman ?

Le désir d’effectuer un voyage à rebours, de montrer le travail de la mémoire chez un homme qui, évoquant son enfance, finit par (re)construire un (son) récit.

On a l’impression que vous avez jeté là quelques fragments de votre mémoire, les uns après les autres. Que veulent dire les dates, est-ce finalement davantage un journal qu’un roman ?

Pour moi, c’est avant tout un texte de fiction. Je l’ai écrit et conçu comme tel. Le texte prend évidemment la forme d’un journal parce que je souhaitais montrer le travail de la mémoire, travail parfois douloureux chez cet homme. Je voulais aussi démontrer que se souvenir, c’est précisément déjà construire du récit, et que s’il faut « beaucoup de fiction pour une parcelle de vérité », l’inverse est également vrai. C’est un journal, d’où les dates, mais pas exactement en ce sens que le narrateur n’y raconte pas sa vie au jour le jour, mais qu’il investit le temps, comme un fleuve qu’on remonte alors qu’il est déjà trop tard. Peut-être est-ce finalement davantage un mémorial (LOL). Par ailleurs, le texte répond à un ordonnancement très précis et souterrain. Le travail de la mémoire ne peut pas être strictement chronologique, ce journal l’est donc de manière grossière, puisque on part d’un événement majeur dans la vie de cet enfant et qu’on le laisse jeune adulte, après un autre événement majeur.  Pour le reste, il répond à d’autres associations, plus secrètes, moins saisissables, comme peuvent l’être les associations libres qui précèdent le rêve.

Diriez-vous que ce roman a été salvateur ?

Non absolument pas. J’ai écrit ce texte parce que je n’avais plus besoin de le faire. Je n’aurais jamais pu en faire ce qu’il est aujourd’hui, si je n’avais pas été en paix avec mon enfance.

Que représente l’écriture dans votre vie ?

La possibilité de marcher librement dans mon existence. Écrire est une figuration de l’état de ma présence au monde, de mon cheminement dans l’humain.

Si vous deviez définir deux thèmes principaux pour ce premier romans, quels seraient-ils ?

La mémoire à l’œuvre comme processus de fiction, l’enfance (mais également les poules et les lapins, n’est-ce pas).

Avez-vous déjà un autre roman en préparation ?

Oui, je suis en train de reprendre un premier texte, écrit parallèlement à Autour de moi, et qui sera, par les objets intérieurs qu’il fait surgir, bien plus intime et personnel, en réalité, que celui-ci d’allure auto-fictionnelle. J’ai également entamé un travail autour d’un 3e texte à venir (car je confesse aimer écrire deux textes en même temps, c’est plus long mais également plus divertissant).

Comment réagissez-vous à l’engouement autour de votre livre ?

Pour tout dire, ceci dépasse de loin mes espoirs les plus fous, sauf évidement au moment du coucher lorsque l’arrivée de la phase hypnagogique vous fait perdre pied et imaginer que vous êtes le dernier écrivain sur terre. Sinon, la plupart du temps, j’essaie de rester calme.

Quelles sont les belles découvertes que vous avez pu faire vous-mêmes en cette rentrée littéraire ?

 Les Pieds nus, de Marie Simon, un premier roman merveilleux de précision et de délicatesse.

 Tous les diamants du ciel, de Claro. Pour moi (et pour beaucoup d’autres), un des plus grands écrivains français vivants et même morts.

 Quelles sont les lectures qui vous ont bercé jusqu’à présent ?

J’aime beaucoup les courts récits, les derniers que j’ai lus et qui m’ont paru effroyablement modernes : The Avenger, de Thomas de Quincey ; Journal de Holyhead, de Jonathan Swift ; Le Bouquiniste Mendel, de Stefan Zweig.

Burroughs, Borges, Ballard, Valéry ont beaucoup compté dans ma vie, chacun à leur manière. Récemment, Bollano m’a fait douter de mon entêtement prétentieux à vouloir écrire.

Avez-vous un film à conseiller aux lecteurs de PILC Mag ?

Je leur recommanderais un film tv (USA-1973) qui a pétrifié mon enfance, « A night’s cold death », et qu’on peut désormais voir par tranche de dix minutes sur Youtube.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.