La Gröcha, Peggy Adam

Nous sommes dans les Alpes du Sud-Est de la Suisse. Emma ne va pas bien : déprimée à la fois par son travail et par son fiancé, de plus en plus fuyant, elle ne parvient même plus à trouver un sommeil serein : une étrange petite fille l’y rejoint dans un paysage aquatique angoissant.
En outre, le pays est en quarantaine, et des hommes armés en gardent les frontières, en surveillent le moindre recoin, et demandent aux passants leurs papiers « sanitaires ». Ceux-ci doivent en effet prouver qu’il ne sont pas infectés par cette étrange maladie qui mène à une mort certaine et fait que le corps se recouvre peu à peu de tâches.

Emma est infectée. Son fiancé, Marc, décide de partir à la montagne en laissant Emma en ville, car il serait trop dangereux qu’elle l’accompagne. Il entame donc un parcours très étrange jusqu’à ce chalet où Emma aurait voulu se rendre également…

Qui est cette petite fille toute trempée qui lui parle depuis l’arrière de la voiture ? Qui sont ces gens qui parcourent la forêt nocturne ? Qui est ce jeune garçon qui observe et suit Marc ? Enfin, quel est ce secret qui entoure le chalet, et que Marc cache tout au fond de lui ?

Peggy Adam signe ici un ouvrage captivant, très proche de la science-fiction, pleinement merveilleux, mais en réalité très réussi dans sa maîtrise du mystère. Cette bande dessinée où certains personnages parlent en Romanche (c’est sous titré pour le lecteur) annonce clairement sa particularité : il s’agit d’un récit singulier, situé dans un pays isolé en réalité politiquement et financièrement, qui est ici happé par un isolement sanitaire, médical. Une autre manière de voir cette partie du monde, qui dans l’histoire ne souhaite plus laisser sortir ses habitants, et n’hésite pas à les placer en camps sanitaires à la force des armes.

Le récit inspire des sentiments tels que la compassion, la tristesse, mais aussi la révolte face à des comportements qui rappellent indéniablement ceux d’une répression bafouant l’humanité. Le récit de l’auteur rôde autour du mystère et l’on s’en approche sans trop savoir si c’est la réalité qui fait surface, ou au contraire toute la raison des personnages qui vacille… en même temps que leur vie.

A l’heure où nous sommes censés croire que la fin du monde approche, Peggy Adam offre sa version ténébreuse de ce que serait la fin à petit feu. Dessinée au lavis, cette bande dessinée est à la fois délicate, poétique et terriblement angoissante… un album très subtile et abouti.

La Gröcha, Peggy Adam, Atrabile, Bile Blanche, 104 pages, 25 août 2012, 16,15 €

Scénario et dessins Peggy Adam  – http://www.peggy-adam.com/

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.