Le retour de Harold Pinter, au Théâtre de l’Odéon jusqu’au 23 décembre

Pour son arrivée à la direction du théâtre de l’Odéon, Luc Bondy a décidé de monter Le Retour d’Harold Pinter, sans doute une des pièces les plus en vue de cet automne.

S’adjoignant les services de traducteur de Philippe Djian et entouré d’une troupe d’acteurs, sinon talentueux, du moins renommés, Luc Bondy met en scène l’histoire de cette famille très masculine : la mère est décédée, les fils célibataires. La vie suit son cours dans une banlieue londonienne, entre whisky rance et regrets amers.

Jusqu’au retour de Teddy, l’aîné, incarné par Jérôme Kirchner – très convaincant en homme dépassé par les événements – avec son épouse, Ruth. Les retrouvailles sont peu chaleureuses dans cette famille de taiseux, même si les non-dits laissent parfois transparaître des sentiments forts du père – Bruno Ganz, superbe – pour ses fils.

Comment renouveler le thème, parfois usé jusqu’à la corde, de la famille ? Que raconter de nouveau ? Si Pinter creuse les relations masculines au cœur de son texte, on a pourtant du mal à les retrouver sur scène.

La figure féminine est assez malmenée, pas de rédemption chez Pinter : on est maman ou putain. A ce jeu-là, Ruth/Emmanuelle Seigner brille, la bourgeoise américaine retrouve sa nature anglaise d’aguicheuse, et joue sur les deux tableaux. Sa fin sera tout aussi inattendue qu’absurde.

N’est pas acteur de théâtre qui veut, et il ne suffit pas d’avoir du succès au cinéma pour sauter le pas. Louis Garrel, en boxeur un peu stupide, est à côté de son rôle, l’énergie et la complicité nécessaires à une troupe de théâtre semblent lui manquer. Pascal Greggory rayonne et finit la pièce sur les genoux au sens propre comme au figuré. On notera également le jeu de Micha Lescot, aussi malin que complètement allumé en benjamin de cette étrange fratrie.

Le Retour – Un texte d’Harold Pinter

Jusqu’au 23 décembre au Théâtre de l’Odéon

Traduit par Philippe Djian – Mise en scène par Luc Bondy – Conseiller dramaturgique : Botho Strauss – Décor : Johannes Schütz – Costumes : Eva Dessecker – Lumière : Dominique Bruguière – Maquillage et coiffure : Cécile Kretschmar.
Avec : Bruno Ganz – Louis Garrel – Pascal Greggory – Jérôme Kircher – Micha Lescot – Emmanuelle Seigner.
Production Odéon-Théâtre de l’Europe, Wiener Festwochen, Grand Théâtre de la Ville de Luxembourg, Schauspielhaus – Zürich, MC2 Grenoble, Théâtre National de Bretagne – Rennes, Piccolo Teatro di Milano – Teatro d’Europa. Avec le soutien de Monsieur Pierre Bergé.

Article paru initialement dans PILC Mag n°11

Notre rubrique Théâtre

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About Diane Maretheu

Si elle n’avait pas commencé par être libraire, Diane aurait volontiers été hôtesse de l’air, chef pâtissier ou dixneuviemiste. Biberonnée à Brassens autant qu’à Led Zep, cet éclectisme se retrouve dans ses goûts littéraires notamment, de Siri Husdvedt à Laurent Mauvignier (son héros). Son amour pour Paris et le plaisir qu’elle prend à se perdre dans ses rues est sans limite. Elle a bien tenté de brûler les planches, sans grand succès, et n’aime désormais rien de plus que s’asseoir dans le noir et regarder des acteurs lui raconter une histoire, une heure ou deux, ou plus.