Les disparus/Der Vermissten, de Jan Speckenbach

Synopsis : Ingénieur nucléaire, Lothar apprend que sa fille de quatorze ans, Martha, avec qui il n’était plus en contact depuis longtemps, a disparu sans laisser de trace. Il part à sa recherche et découvre que beaucoup d’autres enfants de son âge se sont récemment évanouis dans la nature !

Jan Speckenbach a sans nul doute possible un univers bien à lui. Les disparus, qui démarre comme un film banal mettant en scène un conflit familial, et peut-être même une quête du père par la fuite et la provocation, vous fait glisser peu à peu vers un monde vers lequel vous n’auriez jamais cru pouvoir être amené.

D’abord, il y a cette disparition. Puis ces enfants qui traînent au bord des routes, dans les rues, tard le soir, et au bord de chemins complètement abandonnés, d’usines désaffectées. Jusqu’ici rien de nouveau sous la pluie. Sauf qu’il y a également cette mère qui semble démissionner face à la disparition de sa fille. Il y a ce père qui s’acharne au point de marcher dans un champ ravalé par des torrents de pluie, abandonnant sa voiture pour marcher sans fin vers ce qu’il croit être le point d’horizon vers lequel sa progéniture s’est cachée.

Plus tard, il y a cette autre mère qui déclare qu’elle a retrouvé son enfant, mais qu’on ne veut pas lui rendre, qu’on préfère le parquer dans un camp, puisque s’il s’échappe à nouveau, il faudra encore le rechercher.

On l’aura compris, tous les enfants désertent le monde adulte. Mais l’obstination du père pour retrouver sa fille le mènera plus loin encore, jusqu’à l’acceptation d’une liberté que tous les gosses semblent avoir revendiquée par la fuite dans un autre monde, une autre sphère qui, d’incompréhensible et pourtant étrangement familière, devient au bout du compte la seule possibilité, la seule raison du film.

Jan Speckenbach réalise ici un film qui nous parle d’une jeunesse qui veut s’affranchir d’un système, et reprendre possession de sa vie. Un thème qui fait écho aux grandes crises qui secouent l’Europe aujourd’hui. Mais c’est aussi une sorte de conte maudit, cauchemardesque, où l’enfance s’abolit au profit de la marge et de la mort. C’est un film cruel et brillant, dont on ne pouvait absolument pas voir venir l’issue, sur laquelle on reste bouche bée, comme après avoir vu un certain Tideland, de Terry Gilliam.

Réalisation : Jan Speckenbach. Scénario : Jan Speckenbach, Melanie Rohde. Image : Jenny Lou Ziegel. Montage : Wiebke Grundler. Musique : Matthias Petsche. Décors : Beatrice Schultz. Production : Anke Hartwig, Sol Bondy. Société de Production : JUNIFILM / Berlin, ZDF/Main. Interprétation : André M. Hennicke, Luzie Ahrens, Sylvana Krappatsch, Jenny Schily.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.