Skyfall, de Sam Mendes

Quand James Bond disparaît lors d’une mission en Turquie et perd à la même occasion une liste d’agents infiltrés, c’est tout le MI6 qui se retrouve ébranlé.
Contesté par Mallory dans son autorité, M doit faire face à divers ennemis aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur. Le retour de Bond aux affaires s’apparente alors à une bénédiction, seule personne de confiance capable de faire face aux agissements du mystérieux
Silva. Le cinquantenaire d’une saga légendaire Avec Skyfall, Sam Mendes signe le vingt-troisième opus de la saga. Sa sortie  accompagne le cinquantième anniversaire de la série. Bien que mythique de par sa notoriété, la licence James Bond a souvent accouché d’oeuvres moyennes voire médiocres. Force est de constater pour le cinéphile averti que bien souvent voir un James Bond est plus souvent prétexte à un moment de détente coupable plutôt qu’une découverte d’un classique du cinéma.

Malgré cela, l’univers fascine par sa corrélation avec l’univers aventureux des années soixante et soixante-dix, par la mise en avant d’un côté spectaculaire de l’espionnage ( et ce au détriment de la réalité ) le tout dans un contexte de Guerre Froide. Il ne faut pas oublier que les romans de Fleming et une bonne partie des films avec Sean Connery l’oppose à la « menace rouge ». Ce n’est qu’avec «L’espion qui m’aimait » que la mise en avant des tensions commence à s’atténuer.

Skyfall c’est surtout le choix d’un homme, Sam Mendes. Le réalisteur oscarisé pour American Beauty, plutôt adepte des films engagés  comme Jarhead ou intimiste comme Les Noces Rebelles, n’est pas un habitué des blockbusters. Lorsqu’il déclare il y a un an et demi qu’il compte donner un aspect « auteurisant » à la série, on a de quoi être interloqué. Pourtant ce n’est pas une première pour un blockbuster que d’aller chercher un cinéaste dit auteur. La saga Harry Potter avait fait de même pour Le Prisonnier d’Azkabhan avec Alfonso Cuaron pour peut être l’épisode le plus réussi de la saga, du moins sur le plan formel.
Les héros sont fatigués Avec Skyfall, Mendes signe un chapitre singulier à la fois hommage constant et par moments destruction radicale du mythe. Cinquantenaire oblige, le film multiplie les clins d’oeil aux autres films de la saga et ce jusqu’au plan final renvoyant tout droit à ceux des années soixante-dix. On assiste ainsi au retour de Q et de l’Aston Martin écartés sur les deux précédents volets. La mythologie bondienne est de retour. Pourtant malgré la démultiplication des clins d’oeil, Skyfall présente une éradication en règle des
préceptes de la saga, déjà entamée par Martin Campbell dans Casino Royale. Halte à la surenchère de filles, de gadgets sortis d’un film de science-fiction et de cascades frisant le ridicule. En cela, Meurs un autre jour de Lee Tamahori constituait le point d’orgue de la franchise (entre la voiture invisible et l’hélicoptère qui démarre en plein ciel on culminait au sommet du n’importe quoi). Pour preuve le dialogue savoureux entre Q et Bond, quand ce dernier attend du matériel dernier cri et Q lui rétorquant qu’il ne faisait plus dans le stylo qui explose. En outre le choix du lieu est ici prépondérant, l’action se passe essentiellement en Grande-Bretagne (Londres et Ecosse), la course-poursuite dans le métro londonien contraste avec l’exotisme si chère à la franchise.

Mais surtout tout comme Nolan avec le dernier Batman, Mendes humanise profondément son personnage en le rendant plus que  jamais vulnérable (le check-up médical et ses tests d’évaluation sont particulièrement savoureux). Bond appartient à une autre époque et se doit de laisser sa place. Pourtant à l’instar de Christian Bale, Craig s’entête et reprend son Walter PPk pour sauver ce qui peut encore l’être. La comparaison avec Nolan n’est d’ailleurs pas fortuite puisque Silva présente des similitudes troublantes avec le Joker, et la démarche de Mendes présente de nombreux points communs avec son homologue de Dark knight. Il n’hésite pas non plus à lorgner du côté du western avec un final stupéfiant. Mais l’entreprise serait bien vaine, si Mendes ne maîtrisait pas formellement son sujet, par un découpage de l’action classique bien loin des standards hoolywoodiens actuels et de la mise en avant du clip. En outre le passage à Shanghai vaut à lui seul le détour, sans doute l’une des plus belles scènes de la franchise, sur le plan formel. En outre, Daniel Craig s’affirme de plus en plus comme une figure de proue plus que crédible, l’interprète de Layer cake est devenu une icône incontournable du cinéma américain.

Sans parler de révolution, Skyfall impose plus le style d’un auteur qu’une franchise, les intentions louables et salvatrices, issues d’influences diverses, l’emportant au final sur un passéisme pataud. Mendes signe si ce n’est un classique instantané, un produit d’honorable facture donnant une vraie lettre de noblesse à la légende bondienne.

Skyfall, Un film de Sam Mendes avec Daniel Craig, Judi Dench, Javier Bardem et Ralph Fiennes

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre