Fear and desire, de Stanley Kubrick

© Films sans Frontières

Quatre soldats échouent en terre inconnue, théâtre d’un champ de bataille tout aussi évasif. Cherchant une échappatoire à une mort certaine, ils se mettent en quête d’une issue en évitant leurs ennemis. Pourtant, cette épopée involontaire les confrontera à leurs pires instincts, beaucoup plus concrets que des adversaires illusoires. Voyage au bout de la nuit ou de l’enfer…

Pendant près de cinquante ans, Stanley Kubrick aura tenté d’interdire la diffusion de son premier film en salles, allant jusqu’à en détruire chaque copie. Il jugeait le film trop indigent à son regard perfectionniste.

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Il n’a que vingt cinq ans quand il réalise Fear and Desire, stoppant sa brillante carrière de photographe pour se lancer dans le cinéma. Il utilisa alors les gains de la police d’assurance familiale pour commencer l’entreprise d’une œuvre dont il ne soupçonne pas encore l’impact futur. Fear and desire est un vrai film indépendant, tourné avec une équipe de quatorze personnes, Kenneth Harp allant jusqu’à endosser deux rôles. Moteur, action, Kubrick se lance.

La reprise en salles est donc l’occasion de visionner les premiers pas du Maître, à travers un premier film assez court il est vrai (à peine une heure). A sa vision, faut-il le brûler comme le voulait son réalisateur ?
Certes, Kubrick commet quelques maladresses avec une utilisation excessive voire agaçante des gros plans, et la présence d’une voix-off trop explicite.
Pourtant, les premières briques de sa colossale carrière sont posées. On découvre ainsi un metteur en scène à l’aise avec le montage photo (sublime par ailleurs pour un premier film ).

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Les thèmes kubrickiens sont aussi jalonnés, avec ce pessimisme si présent chez l’auteur. Mis dans des conditions extrêmes, l’Homme déraille, sa nature toujours plus encline à faire le mal. Le combat contre nature commence. En outre, que dire de cette scène où le lieutenant triture une brindille frénétiquement quand son sergent lui expose son plan d’attaque. Une longue séquence maîtrisée aussi simple qu’efficace.

Fear and Desire, ce sont notes de la première partition d’un génie, parfois pataudes, manquant de légèreté ou parfois pas assez appuyées, mais à l’infini potentiel. Le mythe était en marche. Le meilleur à venir.

Fear and desire, Un film de Stanley Kubrick USA 1953 avec Frank Silvera , Paul Mazursky , Kenneth Harp

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre