Le Carrosse d’or, de Renoir

Les trois coups. Les Quatre Saisons de Vivaldi. Le rideau se lève. Une petite colonie espagnole d’Amérique Latine. L’effervescence autour de l’arrimage d’un bateau. A son bord, une troupe de comédiens italiens mais aussi un carrosse d’or destiné au souverain local. Passé les premières représentations pour le peuple, tous sont sous le charme de Camilla, l’interprète de Colombine. Trois hommes se disputent ses faveurs, Felipe son ami de toujours, le torero, héros de tout un peuple et le dirigeant local qui ira jusqu’à lui offrir son fameux carrosse. Commence un imbroglio fait d’intrigues, de larmes et de rires. La magie de Renoir opère.

 Le carrosse d’or signe le retour de Renoir en France après treize années passées à l’étranger. Il s’agit également du premier film en couleurs de Renoir tourné en France. En outre, le carrosse d’or constitue le premier volet d’une quasi « trilogie » sur le monde du spectacle. S’ensuivra French Cancan et Elena et les hommes, les deux années suivantes. Le film est lui même l’adaptation deu Carrosse du Saint Sacrement de Merimé accompagné de la musique de Vivaldi ( dont l’influence accompagna Renoir pendant le temps de la réalisation ). La sortie en salles d’une version restaurée est l’occasion de (re)découvrir ce chef-d’œuvre de Renoir.

 Renoir ce n’est pas seulement La Grande Illusion ou La règle du jeu. A la vision du Carrosse d’or, on ne peut qu’être ébahi par sa maestria. Renoir livre une leçon de cinéma, un petit bijou au niveau de la construction de l’espace et une mise en abyme subtile du monde du théâtre. Renoir joue constamment un numéro d’équilibriste, la frontière est ténue entre la scène et les spectateurs, le monde du spectacle et le monde des vivants. En outre, en traitant le sujet à certains moments comme une pantalonnade, Renoir apporte une touche burlesque jouissive à sa mise en scène. Et quand le rideau se baisse, sommes nous parvenus à discerner le réel de l’imaginaire, le concret de la scène ? Difficile à dire tant Renoir parvient à créer l’artifice si brillamment tout au long du film, pour au final un résultat saisissant.

 On comprend dès lors l’importance de l’œuvre dans la carrière de Renoir, que Truffaut  considérait comme un élément clé majeur. Qui plus est, il faut rendre hommage à la vibrante interprétation d’Anna Magnani dans le rôle principal. Jugée trop vieille par certains et trop incontrôlable par d’autres, festoyant quotidiennement même lors du tournage, elle incarne pourtant à elle seule l’énergie virevoltante du long-métrage par une interprétation bouleversante.

 Voir Le Carrosse d’or, c’est découvrir un chef-d’œuvre oublié, un écrin d’une subtilité tantôt déconcertante tantôt jouissive. Réussite formelle exemplaire, Le Carrosse d’or est là pour nous rappeler la prépondérance géniale d’un auteur et d’une œuvre dont les échos résonnent encore aujourd’hui.

Film franco-italien de Jean Renoir, avec Anna Magnani, Duncan Lamont et Paul Campbell. 1953

 

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre