Promenades avec les hommes, Ann Beattie

Promenades avec les hommes est l’histoire brève de Jane avec deux de ses hommes. L’un, Ben, avec lequel elle vit dans une ferme du Vermont, qu’elle finit par quitter pour l’autre de manière complètement inattendue : Neil, professeur, écrivain, bien plus âgé qu’elle qui n’est qu’une jeune diplômée de Harvard.

Ce glissement d’un homme à l’autre ne se fait pas sans interrogations, sans méfiance, ni d’ailleurs sans réticence. Car s’il est séduisant, Neil est aussi donneur de leçons et s’approprie les désirs de Jane qui finit par ne plus se reconnaître pour elle-même.

Un jour, par une rencontre inattendue, elle est bien forcée d’admettre que l’homme qu’elle aime et pour lequel elle a tout quitté n’est pas celui qu’elle croyait : personne n’est à l’abri d’une double vie, ni de la manipulation.

Promenades avec les hommes aurait pu tout aussi bien s’arrêter ici, à cette découverte qui brise tout et anéantit l’avenir en une seconde. Ann Beattie a pourtant choisi de suivre son personnage à travers le cheminement plus complexe de l’entêtement, du pardon et de la dérision.

L’histoire se passe dans le New-York des années 80, à une époque où tout semble possible. Se mêlent ici l’histoire passionnée de Jane, celle, plus difficile et mystérieuse, de sa relation avec sa mère, une tragédie  et une lettre qui viennent remettre en cause la clairvoyance d’un personnage qui est notre unique intermédiaire avec ce monde…

Ann Beattie donne l’impression d’avoir créé un personnage pour le faire souffrir de manière à le faire changer, évoluer vers des sphères introspectives : elle est loin d’être tendre avec Jane, gentiment remise en place par ses amis, et la vie en général.

Le récit est parsemé d’étranges visions déconnectées du reste comme cette liste de consignes que l’on imagine être un reste mémoriel de la présence de Neil dans la vie de Jane.

Il y a aussi ce touchant retour vers un passé révolu, censé guérir un présent qui n’est pas encore tout à fait apprivoisé, et des rencontres étonnantes, parfois irritantes, mais jamais dénuées de sens.

Promenades avec les hommes, on l’a dit, est un récit bref, la tranche de vie d’un personnage qui s’épanouit d’une manière chaotique, sous nos yeux. C’est surtout un petit roman, une grande nouvelle est-on tenté de dire qui contiendrait tout ce qui fait la vie d’une femme libre et résolue à la fois, dont on suit avec bonheur le trajet vers la maturité.

Promenades avec les hommes, Ann Beattie, Christian Bourgois éditeur, Traduction de l’anglais par Anne Rabinovitch, Octobre 2012,112 pages, 15 €.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.