Surprise et déception au théâtre de la Colline

Nouveau Roman & Tout mon amour sont les deux pièces que j’attendais le plus cet automne. On connait mon admiration sans limite pour le travail de Laurent Mauvignier, et Les chansons d’amour est un des films que je revois deux à trois fois par an, plaçant Christophe Honoré dans mes réalisateurs français préférés. Sachant également que le Nouveau Roman et avec lui, les éditions de Minuit, font partis de mes lectures de chevet, tout ça plaçait le théâtre de la Colline sous de très bons auspices – les miens en tout cas.

Commençons avec Nouveau Roman. J’étais très enthousiaste à l’annonce de la création de la pièce à Avignon, et Héloïse ne pouvait me faire plus plaisir en m’offrant une place pour mon anniversaire. Et puis, après avoir vu quelques acteurs de cinéma s’essayer au théâtre, j’ai commencé à me dire que tout cela était peut-être une fausse bonne idée.

Et une fois dans la grande salle du théâtre de la Colline, (magnifique salle au passage, c’est assez impressionnant), quand Héloïse m’a annoncé que la pièce durait 2h50 sans entracte, j’ai eu un moment de panique. Et puis comme on était vraiment en plein milieu et que le noir s’est fait, je n’ai plus trop eu le choix.

Julien Honoré, le frère de Christophe et interprète de Claude Mauriac, commence par dire deux mots de la démarche. On comprend vite que la pièce ni vise ni l’exhaustivité, ni l’objectivité, et en un sens, tant mieux. Christophe Honoré est un fan du Nouveau Roman depuis ses 12 ans et c’est un vibrant hommage qu’il lui rend à travers un spectacle dense, riche, audacieux, facétieux. Les acteurs chantent régulièrement, et dansent même à l’occasion. On apprend ce qu’était ce groupe qui n’a jamais voulu se définir comme tel, quelles étaient les affinités comme les rivalités ; quelle était la place de Jérôme Lindon, de Robbe-Grillet.

Les acteurs sont géniaux. Aucun n’a voulu se risquer à interpréter le grand Samuel Beckett, et sa place dans les éditions de Minuit est tellement à part que c’est aussi bien comme ça. Honoré n’a pas cherché la ressemblance physique dans ses comédiens, laissant l’austère Nathalie Sarraute sous les traits de la toute pimpante Ludivine Sagnier – avec une certaine surprise, assez convaincante – et la grande dame Marguerite Duras dans la peau de la frêle, mais talentueuse Anaïs Demoustier. Il y a des partis pris avec des personnages comme Rober Pinget (Mathurin Voltz) ou Alain Robbe-Grillet (Jean-Charles Clichet). Sébastien Pouderoux incarne Claude Simon et le sublime monologue qu’on lui laisse au milieu de la pièce se passe dans un silence religieux, toute l’assistance semblant retenir son souffle.

Dans ces presque trois heures, j’ai eu envie de rire, j’ai eu envie de pleurer, j’ai été transporté, je suis ressortie avec une nouvelle envie de me plonger dans le Nouveau Roman. Surtout, je me suis dit voilà tout ce pourquoi j’aime aller au théâtre.

Le spectacle est complet, mais des rumeurs circulent : il pourrait bien être repris la saison prochaine.

 

Quelques jours plus tard, c’est un cadeau de Julie qui nous ramène à la Colline pour assister à Tout mon amour, texte de Laurent Mauvignier, monté par Rodolphe Dana et le collectif Les Possédés.

Rodolphe Dana avait déjà monté un texte de Mauvignier au théâtre de la Bastille l’année dernière. Il s’agissait de Loin d’eux, qu’il interprétait seul en scène. Ca avait été un très grand moment de théâtre. Denis Podalydès s’était également essayé à l’exercice avec autant de force et d’émotion avec un autre texte de Mauvignier Ce que j’appelle oubli (repris en mai 2013).

Laurent Mauvignier a écrit Tout mon amour spécialement pour le théâtre. Est-ce là la première erreur ? Chez cet auteur à l’oeuvre qui emprunte tant à l’oralité, cela semblait presque naturel de venir au texte purement théâtral ; pour autant, ça ne fonctionne pas de la même manière, avec la même intensité.

Nous sommes dans la maison du grand-père qui vient de décéder. Son fils et la femme de ce dernier reviennent des funérailles et mettent la maison en ordre. Un secret entoure cette famille, qui sera dévoilé tardivement, laissant le public dans une trop longue attente et une incompréhension inutile.

Les acteurs ne sont pas mauvais, mais ont un problème d’intention de jeu. Là où le texte est éminemment dramatique, les répliques font rire plus d’une fois l’assistance. Le père, interprété par Simon Bakhouche est plutôt convaincant en homme déboussolé, dépassé par les évènements ; la mère - Marie-Hélène Roig – est trop dans l’hystérie, et gesticule plus qu’elle ne joue. Émilie Lafarge reste peu convaincante dans un rôle pourtant primordial.

J’attendais vraiment beaucoup – peut-être trop ? – de ce spectacle. Les précédentes adaptations + les textes de Mauvignier m’ont déjà tellement séduits que la barre était placée très haut, et je suis peut-être trop dure, mais en tout cas, je ne suis pas ressortie emballée par cette mise en scène et croyez bien que je le regrette.

 Mais pour mes premières fois à la Colline, je peux au moins dire une chose : leur programmation ne peut pas vous laisser indifférent.

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About Diane Maretheu

Si elle n’avait pas commencé par être libraire, Diane aurait volontiers été hôtesse de l’air, chef pâtissier ou dixneuviemiste. Biberonnée à Brassens autant qu’à Led Zep, cet éclectisme se retrouve dans ses goûts littéraires notamment, de Siri Husdvedt à Laurent Mauvignier (son héros). Son amour pour Paris et le plaisir qu’elle prend à se perdre dans ses rues est sans limite. Elle a bien tenté de brûler les planches, sans grand succès, et n’aime désormais rien de plus que s’asseoir dans le noir et regarder des acteurs lui raconter une histoire, une heure ou deux, ou plus.