The Crow, de James O’Barr

Beaucoup de gens ne connaissent de The Crow que l’adaptation cinématographique dans laquelle l’acteur Brandon Lee trouva la mort. Le film est sorti en 1994. Au départ, c’était pourtant un comic dessiné par James O’Barr durant l’une des périodes les plus sombres de sa vie. L’histoire, c’est celle de Eric Draven et Shelly, assassinés sauvagement au bord de la route la veille de leur mariage. Un an après le drame, un corbeau fait revenir Eric à la vie, et le pousse à se venger des meurtriers qui ont torturé sa fiancée avant de la tuer sous ses yeux.

Cette BD porte en elle plusieurs sujets qui confèrent mysticisme, et font d’elle, d’emblée, une oeuvre culture : la mort, l’amour, la vie après la mort, le pardon, la culpabilité, la vengeance, la rédemption. Ecrite en 1981 par un auteur jeune qui dessinait là sa première oeuvre, elle avait dû être publiée tronquée, pour des raisons à la fois techniques et morales. L’auteur nous explique que cette présente édition n’est pas une édition augmentée, mais réellement l’édition originale, qui aurait dû être publiée en 1981, s’il avait eu à l’époque à la fois l’expérience et la possibilité matérielle de la produire telle quelle.

James O’Barr revient également sur les raisons qui l’ont poussé à écrire cette histoire : un soir, alors qu’il n’avait pas payé sa police d’assurance, il appela une amie pour qu’elle passe le chercher en voiture. Avant même d’arriver à son véhicule, la jeune femme fut percutée par un chauffard ivre, et mourut sur le coup.  Inutile de préciser combien la culpabilité peut être grande face à un tel événement. Inutile, peut-être, de rappeler que la culpabilité est la meilleure ennemie du deuil.

Le succès de la BD est fulgurant, et très vite, il est question d’une adaptation pour le cinéma. Une anecdote tristement célèbre viendra s’ajouter au tableau historique de The Crow : c’est pendant le tournage du film que Brandon Lee perdra la vie, tué par une vraie balle, lors d’une scène de fusillade.

The Crow est bien plus qu’une histoire dessinée. C’est un exutoire. C’est une histoire dans l’histoire. Le destin a voulu que cette histoire naisse d’une mort, et aboutisse à une autre mort. C’est aussi la création d’un personnage mythique, emblématique : Eric Draven ne revient pas parmi les vivants pour leur faire peur, mais il revient pour lui même, pour sa propre rédemption, pour pouvoir faire son propre deuil. Il n’est pas un fantôme comme les autres, il est aussi un être capable d’aimer au point de renaître de la mort. C’est un personnage fait de souffrance et de force à la fois.

Cette nouvelle édition enrichie, réhaussée par cette réhabilitation du modèle original voulu par son auteur. Une véritable réussite qui ravira les collectionneurs, ou les admirateurs du personnages.

The Crow, L’édition définitive, James O’Barr, Delcourt, Octobre 2012, 272 pages, 17,95 €.

Un article déjà paru dans le PILC Mag n°11 de novembre 2012.

Information de dernière minute : A noter la sortie de la série The Crow le 26 février 2013 chez Universal Pictures. Nous vous en reparlerons très prochainement.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.