[Critique et Concours] La bande des Jotas, de Marjane Satrapi

Ballade au pays des mirages

Nils et Didier débarquent dans le sud de l’Espagne pour une compétition de badminton. Suite à un échange malencontreux de valises, ils font la rencontre d’une femme mystérieuse. Cette dernière prétend être la cible de membres de la pègre, responsables de la mort de sa sœur. Cinq tueurs dont le nom commence tous par la lettre J. Nils et Didier vont alors s’improviser d’abord gardes du corps puis tueurs à gage, lors d’une escapade à travers le pays, plaçant une confiance aveugle en cette inconnue. A juste titre ?

 La bande des jotas est la troisième réalisation de Marjane Satrapi après l’adaptation de son roman graphique Persepolis, et Poulet aux prunes. Désormais, elle se retrouve  seule derrière la caméra, interrompant sa collaboration avec Vincent Paronnaud. En outre, elle n’aborde plus, ni de près, ni de loin le sujet de l’Iran, s’attaquant à un tout nouvel univers.

De prime abord, il est assez difficile de classifier le film. Comédie certes, mais très décalée, forte décoction d’humour noir, matinée un brin de road-movie.

Humour noir car ici dérision et ironie sont les maîtres mots de la nouvelle œuvre de la réalisatrice d’origine iranienne. Les dialogues sont à ce titre explicites ; les préjugés les plus gras fusent, toujours dans un contexte d’exagération afin de mieux surprendre le spectateur. Ainsi la truculence des mots puise sa source au sein même de cette hyperbole. La scène du restaurant au début du film en est d’ailleurs un parfait exemple. La discrimination et l’intolérance dont fait preuve la femme contraste magnifiquement avec la mise en scène épurée, donnant une impression d’absurde parfaitement maîtrisée.

En outre, si la thématique change, Satrapi n’a pas oublié ses bases narratives, aussi bien dans la construction de l’action que dans le rendement visuel. A l’instar de Persépolis et Poulet aux prunes on reconnaît  sa patte artistique issue de la bande-dessinée.  Le découpage, sans temps-mort, et le mouvement très cartoonesque sont toujours présents. La chute de l’hôtel et la scène de l’arène en sont les meilleurs exemples.

Côté acteurs, on retiendra surtout l’interprétation de Satrapi dans le rôle de la femme. A l’opposé des canons classiques pour le rôle de femme manipulatrice, elle rend à merveille l’amalgame entre garce, fausse ingénue, et chef de bande. On en oublierait presque les compositions certes efficaces mais plus convenues de Stephane Roche et Mattias Ripa.

L’autre vedette de ce film c’est l’Espagne que Satrapi présente sous la forme d’un road-movie .mais en allant à l’encontre des critères propres au genre. Filmant les autoroutes plutôt que les grands espaces naturels, ne magnifiant jamais l’environnement, c’est plus l’image d’une Espagne pauvre qui est rendue, pas seulement sur le plan économique mais plutôt sur le plan de l’épanouissement visuel. C’est en fait surtout au cinéma espagnol que Satrapi rend hommage tout au long du film. La verve et le ton irrévérencieux du cinéma ibérique éclairent le long-métrage , et les clins d’œil aux maîtres locaux prolifèrent ; de Bunuel à Almodovar en passant par la Iglesia ou Amenabar, Satrapi déclare sa flamme à leur patrimoine.

Cependant on regrette que les bonnes intentions s’estompent lors d’un final qui exigerait une authenticité et une crédibilité qui va à l’encontre même du reste du film.

Malgré tout, La « bande des jotas » se consomme comme une farce et attrape aux facéties aussi imprévisibles que réjouissantes.

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La bande des Jotas, Film français de Marjane Satrapi avec Marjane Satrapi, Stéphane Roche, Mattias Ripa.durée1h14. Sortie le 6 février 2013

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre