La cuisine totalitaire de Wladimir et Olga Kaminer

Non, La cuisine totalitaire n’est pas un livre de recettes, comme on pourrait le croire. Ou en tout cas pas seulement. Ce n’est pas non plus une blague qui consisterait à réunir des parodies de recettes avec des ingrédients improbables tels qu’un dictateur épicé savamment délayé dans une purée de communistes.
La cuisine totalitaire est avant tout un livre d’Histoire culinaire dans le monde soviétique : la Sibérie, l’Arménie, la Géorgie, l’Ouzbékistan et le Tatarstan, entre autres, vous seront contés par le menu à bonne dose d’anecdotes bien ventrues.
Ainsi l’on apprend que l’amour des Russes pour le caviar est un mythe, que la vodka n’accompagne pas les repas mais constitue bien à elle seule le plat principal, que lorsqu’on va manger géorgien «il vaut mieux avoir du temps devant soi», etc….
On a également la douce impression que la cuisine soviétique est faite avant tout pour combler les bons appétits. Ainsi, on trouve parfois 200 gr de mayonnaise dans un plat pour 4 personnes (Les harengs en robe de chambre), très souvent des pommes de terre, et surtout, beaucoup de protéines ! Que voulez-vous, chaque plat a son histoire, et avoir froid ouvre l’appétit.
En témoigne cette famille d’Azerbaïdjan capable d’engloutir quadruple ration de lula kebab sans être malade. On regretera d’ailleurs que la recette de ce plat ne figure pas à la fin du chapitre.
Wladimir et Olga Kaminer ont obtenu la nationalité Est-Allemande avant la réunification. On ne sait d’où leur est venue cette idée de rassembler histoire et recettes de pays soviétiques, mais on sait en revanche que les deux sont savoureux à lire.
Si la pomme de terre est aux Biélorusses ce que les spaghettis sont aux Italiens, l’art de raconter l’histoire de ladite patate revient aux Kaminer, qui nous donneraient bien envie d’essayer quelques recettes de leur recueil… nous nous promettons d’essayer, puisque nous abordons l’hiver.
En attendant, on se contente d’une drogue équivalente à celle de Ousbeks : le Thé. C’est moins drôle, mais plus léger, et aussi chaud…
La cuisine totalitaire : lisez-le, cela vous fera rire sans vous faire grossir !
La cuisine totalitaire, W & O. Kaminer, Gaïa éditions, Traduit de l’allemand par Max Stadler et Lucile Clauss, Septembre 2012, 192 pages, 19 €

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.