La moselle, de Florian Martinez

Florian Martinez a un univers pour le moins particulier. Sa première bande dessinée mettait en scène… des lapins. Plus tard, il en fait une pièce de théâtre avec marionnettes.
Avec La Moselle, il signe une BD assez volumineuse (112 pages) et l’on croit pouvoir le souligner sans mentir, un ouvrage plutôt personnel. Les lapins sont parfois encore présents, comme pour jouer de petites seynettes ou des infographies récapitulatives. Mais il y a surtout ce personnage qui déroule une histoire de rencontres, de détachement, de retournement, de retour tout court.

A vrai dire, il est très peu question de la Moselle, mais puisque tel est le titre de l’ouvrage, on peut imaginer que c’est soit l’endroit où le narrateur s’est égaré, soit l’endroit où il s’apprête à retourner, après quelque temps d’errance (là encore, on ne sait combien de temps, l’étrangeté étant très présente tout au long de l’histoire), comme pour retourner là où quoi ? La fatalité, ou bien le destin vous conduisent.

La bande dessinée commence de manière assez étrange et d’ailleurs violente, avec le suicide d’un homme : est-il imaginaire ? A quand remonte l’acte ? Puis il y a l’errance, le retour dans des endroits tels que ce bar où une serveuse dont l’énigme capilaire reste entière s’est éprise du  lancé-brisé de verres dans l’évier, jusqu’à cette femme tout aussi déroutante qui acoste des inconnus dans le train en souhaitant partager leur mouchoir déjà utilisé…
Le personnage est lui aussi une énigme qui semble ne savoir ni d’où il vient, ni où il va réellement, ni surtout pourquoi. L’ouvrage se constitue de planches aux allures parfois très différentes les unes des autres, qui semblent parfois taillées au crayon très affuté, et d’autres fois esquissées de manière très imprecise à la craie noire, feutrées, presque brouillon.

L’ensemble laisse en tout cas penser que l’histoire est en accord avec son dessin : le narrateur, comme l’auteur, s’autorisent toutes les pensées, tous les dessins et tous les styles, ce qui démontre au moins un univers très riche, et des talents multiples. Une BD très attendrissante.

La moselle, Florian Martinez, Warum, Août 2012, 112 pages, 18 €

Un article paru dans PILC Mag n°10

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.