A la merveille, de Terrence Malick

Tree of Love

 Les atermoiements sentimentaux d’un homme pour deux femmes, entre passion fugace et peur de l’engagement, et ceux d’un prêtre en proie au doute et au désarroi face aux malheurs du monde.

 Sixième film de Terence Malick, lauréat de la Palme d’or cannoise il y a un an pour « Tree of Life », « A la merveille » propose cette fois ci un postulat plus simple et abordable que  la vison du mythe d’Ygdrasyl. Malick narre ici les destins croisés de deux couples et d’un prêtre et leurs difficultés quotidiennes à assumer leurs responsabilités face à leur choix de vie et à l’avenir.

Comme à l’accoutumée Malick propose un rendu visuel hors norme, multipliant les clichés instantanés de personnages à la dérive, à la recherche d’eux même, d’un bonheur trop éphémère. Pour appuyer des plans parfaitement maîtrisés formellement, il faut souligner le travail de la photographie ici particulièrement réussie. Côté casting, Malick opte pour l’option internationale afin de justifier l’éclectisme des langues parlées lors du long-métrage ( français, anglais, espagnol). Pourtant malgré de multiples bonnes intentions et la recherche d’une image toujours plus parfaite, force est de constater que Malick échoue cette fois ci dans les grandes largeurs.

La faute en incombe à une vacuité du script effarante qui contraste totalement avec ce que le spectateur voit à l’écran. Les dialogues, la trame touchent un peu plus  le fond à chaque parole prononcée par les protagonistes. En outre, les acteurs sont ici particulièrement mal dirigés, se demandant bien ce qu’ils sont venus faire ou à quoi ils servent face aux ambitieux desseins du réalisateur.

Car c’est bien là que le bât blesse, l’ambition Malick n’en manque pas. Pourtant malgré un mysticisme malvenu dans le final de « Tree of Life », il était toujours parvenu à aller au delà des images et à explorer finement ses thématiques personnelles entre métaphysique naturelle et questionnement existentialiste quotidien. Celui que l’on a longtemps comparé à Stanley Kubrick, autant par l’aura de mystère qui l’entoure que par son aisance affolante derrière la caméra, confinant par moments au génie, s’éloigne de plus en plus de son élément de comparaison. Pour Kubrick, Chaplin optait pour le contenu sans le style et Eisenstein pour le style sans le contenu. Kubrick préférait l’approche de Chaplin. Car si le style graphique de Kubrick était incomparable, ce dernier n’en oubliait jamais de raconter une histoire. Malick l’a manifestement oublié cette fois ci.

A force de se concentrer sur le style, Malick oublie l’essentiel, se frottant inutilement à un cinéma par trop expérimental et passe largement à côté de son sujet. Espérons dès lors que ce n’est qu’un accident de parcours et qu’il retourne progressivement à la candeur du « Nouveau Monde ».

 Film américain de Terence Malick avec Ben Affleck, Olga Kurylenko, Rachel Mac Adams, Javier Bardem. Durée 1h52. Sortie 6 mars 2013

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre