Le diable dans la peau, de Gilles Martinerie

Xavier et son frère Jacques vivent au sein d’une campagne aux étendues naturelles aussi vastes que variées. Cet environnement protecteur contraste avec une réalité quotidienne morne, brutale et stérile.
Quand ils apprennent que Jaques sera envoyé après les grandes vacances dans une école spécialisée, leur univers s’écroule. Ne leur reste plus qu’un été avant la déchirure, dernier partage avant la solitude…

Le diable dans la peau est le premier film de Gilles Martinerie. Avant d’entreprendre sa première réalisation, il a multiplié les rôles sur différents tournages et ce sous les ordres de noms prestigieux de Pialat à Jaquot en passant par Assayas.
C’est désormais à son tour de passer derrière la caméra, avec un sujet des plus délicats qui plus est. Car de prime abord, le synopsis suggère d’emblée un traitement tantôt lacrymal, tantôt provocateur ; en tout cas le sujet semble avoir été maintes fois traité. Erreur monumentale de jugement. On assiste si ce n’est à la naissance d’un auteur majeur, au moins à celle d’un metteur en scène doté d’une finesse et d’un à propos peu communs.
En nous contant cette histoire fraternelle que l’on pense avoir vu des milliers de fois, Martinerie nous entraîne au cœur d’une tourmente où l’incompréhension née du silence et la haine née de l’ignorance remplacent les pleurs habituels propres au genre.

S’il part d’un postulat simple, Le diable dans la peau  multiplie pourtant les enjeux, les intrigues, les interrogations, sans pour autant tomber dans la facilité.
La relation fraternelle est en elle même exemplaire. Relation dominant dominé entre l’aîné et le cadet, l’amour supposé du premier tourne plus souvent à un égocentrisme et un égoïsme des plus prononcés. Tous les deux sont finalement opposés dans leur attitude sociale ; Xavier est bien ancré dans un microcosme communautaire qui a supplanté sa famille tandis que Jaques se trouve à l’écart plus proche de la nature. Sa passion pour les cerfs-volants est plus que synonyme d’évasion et de liberté.


En outre la rébellion de Xavier vis a vis des adultes constitue un moteur prédominant de la narration. Chaque acte voué à s’opposer à leur action constitue un pas de plus vers la tragédie finale. Ses rapports conflictuels avec son père, la violence en découlant, et les non-dits larvés se posent comme la clé de voûte de son attitude.
Ces adultes qui eux aussi s’isolent du reste du monde comme le font les enfants. Enfermés dans une communauté rurale où les contacts extérieurs se font rares, leur vie n’est rythmée que par le déroulement synchrone de la coupe du monde de football 2006. Martinerie filme ici un certain état social, où solidarité et amertume s’entremêlent. Lui originaire de cette région (Le Limousin) présente une communauté abandonnée subsistant par elle-même.
Cette région dont il sublime les grands espaces naturels, démultipliant les décors, avec un œil aussi bien naturaliste que mélancolique. Cette notion d’immensité contraste bien évidemment avec le minuscule groupe de protagonistes, mais aussi s’oppose à l’ego de l’aîné.


S’ajoute à cette présentation des éléments naturels, un traitement d’une maturité déconcertante des rapports humains. Mise en scène épurée, dénuée d’un pathos pouvant diminuer l’intensité dramatique, Martinerie se penche sur cette histoire pré-adolescente à la manière de Celine Sciamma. Ton juste, tout en délicatesse il retourne les effets tapageurs avec maestria. La scène où Jaques feint de diriger un deltaplane comme un cerf-volant symbolise toute cette maîtrise.

Ode cruelle à l’enfance, Le diable dans la peau transforme l’essai d’un artiste en devenir. Ici, le doute engendre le drame et la caméra la juste émotion. Une première réussite donc, à découvrir.

Film français de Gilles Martinerie avec Quentin Grosset, Paul françois,  Francis Renaud. Durée 1h22. Sortie 27 mars 2013

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre