Mères anonymes, Raisson / Le Huche

 

Mères anonymes tombe à pic pour cette Fête des Mères 2013. Gwendoline Raisson au scénario et Magali Le Huche au dessin se sont amusées à raconter les aventures de plusieurs mères inscrites dans ce qui semble être un rassemblement de mères en détresse.
A l’heure où l’on se demande de plus en plus si l’on veut devenir maman ou si l’on veut laisser ce privilège (ou cette guigne) à nos copines, à l’époque où il est de plus en plus facile de maîtriser ce désir, de l’assouvir ou non, les deux dames ont décidé de dresser le portrait de ces mères dont on entend finalement peu parler : bien loin de glorifier leur enfant, d’encenser leur progéniture, ces mères anonymes s’y entendent pour faire la liste du pire de l’expérience.
Mais comment font les mères dites « normales », affichant constamment un sourire « Bree van de Kamp », trouvant le temps de préparer des gâteaux pour le goûter après avoir fait la lessive, le repassage, le rangement, et l’éducation de leur enfant sacré ? Sont-elles seulement normales d’ailleurs ? Ou bien, comme le suggère cette histoire à mourir de rire, elles ont un petit secret, comme ces stars qui assument parfois jusqu’à 7 enfants à leur actif, sans afficher aucune ride ni jamais aucun cerne.
Non, toutes les mères n’ont pas mis au monde l’enfant parfait, et elles n’assument pas toutes de la même manière leur nouvelle maternité (ni d’ailleurs une maternité devenue au fil des accouchements plutôt habituelle). Raisson et Le Huche osent en esquisser la vérité en plusieurs épisodes plus ou moins courts auxquels sied parfaitement la quadrichromie de la dessinatrice. Nul besoin de davantage de décors car ce qui est identique à toutes les histoires demeure l’universel de l’hypocrisie.

Les enfants ne sont pas ici élevés au rang d’absolu sujet de discussion, non, ces mères-là ont l’ultime besoin de se retrouver, de se trouver peut-être aussi en tant que mère. Un discours qui nous semble, si ce n’est très proche de la réalité radotée  autour de nous (un enfant c’est formidable, tu ne connais pas la vie tant que tu n’es pas mère, tu ne peux pas comprendre, ça va changer ta vie), en tout cas la plus plausible et sincère. Être mère est bien plus qu’un métier, c’est une responsabilité mais aussi un état d’esprit et de soi. Ces deux filles très talentueuses rendent hommage, peut-être sans le vouloir mais en tout cas avec beaucoup d’humour, à toutes les femmes qui savent pourquoi elles ne veulent pas vivre cette expérience qui a fini par gâcher les soirées entre copines et les sorties en amoureux.
Néanmoins, elles y mettent également la tendresse et l’objectivité nécessaires à la réussite de ce bel objet qu’est « Mères anonymes ». À consommer sans modération, pour le coup.

Mères anonymes, Gwendoline Raisson (scénario), Magali Le Huche (dessin), Dargaud, 10 mai 2013, 128 pages, 17,95€

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.