Vanishing Waves, de Kristina Buozyté

Au cœur de l’âme

Lukas appartient à une équipe scientifique menant une expérience révolutionnaire : entrer dans l’inconscient d’un patient dans le coma et partager ses souvenirs et une part de vie virtuelle. Volontaire pour effectuer la première plongée, Lukas va pénétrer dans le subconscient d’une jeune femme, Aurora victime d’un grave accident de la route. Après une furtive  approche, Lukas va braver tous les interdits et commencer une relation amoureuse  virtuelle avec la patiente. Et encourir ainsi des risques qu’il n’avait pas prévu.

Regarder Vanishing Waves c’est découvrir en quelque sorte le cinéma de genre d’Europe de l’Est fort peu connu dans nos contrées et en particulier leur vision de la science-fiction. Le festival de Sitges agréablement surpris du résultat lui a d’ailleurs décerné le Méliès d’Or, Grand Prix de ce Festival consacré à la science-fiction et au fantastique.
Pourtant, pour son second long-métrage, Kristina Buozyté ne s’accommode guère avec des thèmes propres au folklore culturel d’Europe de l’Est et se concentre sur le thème de la virtualité si cher aux cinémas américain et japonais ces dernières années. Après David Cronenberg et Existenz, la fratrie Wachowsky et Matrix, Mamoru Oshii et Avalon, Satoshi Kon et Paprika et plus récemment Christopher Nolan et Inception, Kristna Buozité nous livre sa propre vision des rapports entre l’homme et la vie au sein d’un univers virtuel.


Pourtant, elle refuse d’emblée l’esbroufe présente chez nombre de ses prédécesseurs et accouche d’une singulière histoire d’amour.
Le tour de force de Vanishing Waves réside dans son postulat de départ qui souligne une ligne plus ténue que jamais entre le virtuel et le réel. En effet si la vérité des sens n’est plus là, la réalité des souvenirs et de la conscience même de la jeune femme nous rappellent que derrière l’illusion permise par les machines, une vie se cache bel et bien.
On peut être de temps à autre fasciné par cette illusion comme l’est Lukas, et les effets spectaculaires propres au genre font place ici à une aura de mystère qui nimbe la sensualité des corps. Une quête des souvenirs remplace la sempiternelle quête de la vérité ou dû moins elle s’entremêle délicatement avec elle.


Pourtant malgré ses bonnes intentions, Vanishing Waves se perd de temps à autre dans des sous-intrigues malvenues. Buozité construit le temps et l’espace bien mieux dans la psyché d’Aurora qu’à l’extérieur. En outre la dépendance de Lukas se perd dans une maladresse qui provient autant du désir d’en faire trop que dans une inexpérience innocente.
En revanche Marius Jampolskis dans le rôle de Lukas est plus que convaincant, ne cherchant jamais à en faire trop justement et incarne impeccablement ce scientifique à la dérive : son non-jeu, son absence de charisme colle finalement fort bien à son personnage..
Et puis en naviguant dans ce rêve éveillé, on tombe sur un vrai moment de grâce avec l’ultime dialogue des deux amants, à la mise en scène merveilleusement dépouillée. Passage lumineux et point d’orgue final à un film parfois limité mais relativement attachant.

Film franco-lituanien de Kristina Buozyté avec Marius Jampolskis, Jurga Jutaite, Rudlfas Jansonas. Durée 1h45. Sortie le 29 mai 2013

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.