L’attentat, de Ziad Doueiri

Guerre et paix

Amine est médecin arabe et exerce à l’hôpital de Tel-Aviv. Particularité néanmoins, il occupe un poste clé au sein de l’administration israélienne alors qu’il est arabe. Cela ne l’empêche pas d’être parfaitement intégré et d’être honoré par ses pairs. Pourtant sa vie va basculer lorsqu’il prend en charge les victimes d’un attentat. Sa femme n’est autre que l’auteur du crime. Il part alors en Palestine afin de connaître les motivations du geste de son épouse.

Avec L’attentat, Ziad Doueiri porte à l’écran le roman éponyme de Yasmina Khadra. Le roman d’origine appartient d’ailleurs à une trilogie consacrée au conflit entre Orient et Occident. L’attentat traite du sujet Ô combien brûlant opposant israéliens et palestiniens. Pourtant, il délaisse les sempiternelles luttes entre factions armées et milices rebelles pour se concentrer sur le cas spécifique d’Amine.
Le cinéaste va en effet articuler toutes les problématiques politiques, psychologiques et sociales autour de son personnage principal. Il va être à la fois la source, le cœur et le réceptacle de toutes les thématiques développées par l’auteur.


Au-delà des questions classiques sur le conflit israélo-palestinien, Doueiri va en effet apporter son lot d’interrogations sur l’intégration, la trahison, l’amour.
Car Amine c’est tout d’abord une exception, médecin réputé, il sauve les vies alors que de par son sang il est l’ennemi héréditaire de ses patients. Image forte de départ, ce dialogue pourtant très simple entre Amine et le responsable de la police locale. Cette intégration va lentement se fissurer au fur et à mesure du déroulement de la tragédie qui se joue sous ses yeux. Il redevient peu à peu celui qui appartient au camp adverse et lui-même va peu à peu rejeter ses pairs.

Trahi par ces derniers, trahi par sa femme et ceux qui l’ont accueilli, se sentant également trahi, Doueiri instaure ainsi un climat anxiogène, où le principe de culpabilité n’a jamais semblé aussi ténu. Par cette démarche, il est fort difficile de déterminer une véritable orientation politique, et un certain climat de neutralité souffle tout au long du film. Doueiri se pose lui même comme spectateur et Amine à la fois comme témoin et chercheur de vérité.
Car L’attentat n’est ni plus ni moins qu’un film d’amour élégamment introduit et conclu par la même scène, forte, sensuelle, éthérée. Les multiples flash-backs de la relation passée rappellent ni plus ni moins que l’approche adoptée par Fernando Meirelles dans The constant gardener. En effet Doueiri rappelle aussi ici que les enjeux politiques et sociaux ne doivent en aucun cas surplomber ceux plus intimes qui relient les hommes. Une approche certes idéaliste mais agréable au milieu d’une atmosphère gangrenée par la violence.

En revanche, il est regrettable que malgré ses bonnes intentions et ses qualités de narrateur, Doueiri peine parfois à concrétiser ses propos par l’image. Manquant quelquefois d’implicite voir de pudeur, Doueiri n’utilise pas la retenue et la finesse qui auraient porté son long-métrage encore plus haut. Malgré un script fort judicieux, on assiste à de nombreux moments au brouillon d’un élève doué. Mais l’interprétation impeccable d’Ali Suliman, compense en grande partie ces défauts.
Fascinant ratage ou grand film inachevé, L’attentat mérite tout de même plus qu’un simple coup d’œil rapide, chantre du brûlot politique transformé en drame intimiste. Un tour de force en soi.

Film franco-belge-libanais de Ziad Doueiri avec Ali Suliman, Raymonde Ansellem, Evegenia Dodina. Durée 1h45. Sortie le 29 mai 2013

Articles relatifs :

About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre