Dans la tête de Charles Swan III, de Roman Coppola

L’aventure intérieure

Charles Swan, fringant quinquagénaire à qui tout réussit rompt soudainement avec sa compagne Ivana. Pour surmonter sa séparation, ce brillant graphiste va mener une lente introspection au cœur de son imaginaire, entouré de ses amis et de sa famille. Il va comprendre peu à peu les raisons de ce douloureux échec sentimental.

Il aura fallu douze ans à Roman Coppola pour accoucher d’un second long-métrage, après l’échec de CQ en 2001. Cantonné aux rôles de producteur ou de second réalisateur, issu d’une famille illustre, il n’a pas connu la même trajectoire fulgurante que sa sœur à ses débuts.

Exercice périlleux qu’il entreprend donc avec Dans la tête de Charles Swan III, puisqu’il oriente son film entre comédie à l’esthétique pop et drame psychédélique freudien. Rien que ça.

La scène d’ouverture annonce d’emblée la couleur, celle d’un film qui se veut décalé, iconoclaste et pourtant tellement introspectif.

Roman Coppola s’engage donc dans ce projet hautement risqué puisque le ridicule ou les poncifs habituels sont tapis dans l’ombre, prêts à infecter un film pavé de bonnes intentions

Pour éviter de tels écueils, Coppola s’associe avec l’équipe de Moonrise Kingdom de Wes Anderson, empruntant le côté baroque très efficace de ladite œuvre. On découvre ainsi un univers bariolé particulièrement attrayant renforcé par un style graphique orienté seventies tout à fait convaincant. A cela s’ajoute un casting de trognes de la vieille école, Charlie Sheen en tête. Tous interprètent des personnages en pleine crise de la cinquantaine aux problèmes existentiels aussi vains que touchants.

Car on s’attache beaucoup dans ce film à ces losers magnifiques et à Charlie Sheen en Charles Swan ( hommage non dissimulé à Charles White, graphiste des années soixante-dix, et dont l’œuvre subjugue le réalisateur), qui représente à lui seul cette génération d’acteurs en passe de tomber dans l’oubli ; prendre des tronches cassées relève d’un petit exploit de la part de Coppola.

Tour de force également dans le traitement de l’introspection de son protagoniste principal : au lieu de s’adonner aux sempiternels tourments existentiels, Coppola délivre un film d’aventures cartoonesque proche du pastiche (et les multiples genres abordés du western spaghetti au film d’espionnage) afin d’éclairer les atermoiements de son héros. Tour de force encore car ce traitement contraste avec la construction de  l’espace pour ces scènes. Si elles supputent un abord des grands espaces romanesques, elles ne sont pourtant que le fruit d’un seul esprit enfermé dans le vase clos de l’imagination. Pourtant, l’excès progressif d’images loufoques nuit finalement à l’intention des acteurs ; celle d’émouvoir au maximum le spectateur.

Qui plus est, force est de constater que certaines réminiscences des thématiques familiales font en particulier penser à celles de sa sœur. Lorgnant sur le Somewhere de Sofia Coppola, Roman puise dans son obsession de briser le cercle, mais de façon plus insidieuse. Oublier Ivana pour l’un, sortir de  l’échec d’une carrière d’écrivain, ou encore d’une relation conjugale monotone pour d’autres, Roman Coppola présente des personnages avides de quitter une sclérose quotidienne.

 Avec Dans la tête de Charles Swan III, Coppola accouche d’une fresque légère et nostalgique qui sans être révolutionnaire mérite un petit coup d’œil.

 Film américain de Roman Coppola, avec Charlie Sheen, Jason Schwartzman, Bill Murray, Patricia Arquette. Sortie le 26 juillet 2013. Durée 1 heure 26.

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre