The Bling Ring, de Sofia Coppola

La quadrature du cercle

 Les forfaits d’une bande d’adolescents qui organisa une série de cambriolages chez des célébrités américaines il y a quelques années.

 Fait divers

 Cinquième long-métrage de Sophia Coppola, The Bling Ring s’inspire d’un article éponyme relatant les frasques d’une bande d’adolescents, improvisés cambrioleurs de maisons de stars. Après Somewhere passé relativement inaperçu, Sofia Coppola s’attaque ici à un fait divers qui a marqué l’ensemble de la haute société hoolywoodienne.

De prime abord le sujet apparaît bien futile. Cependant, quand on y regardait de plus près, on pouvait s’attendre à une nouvelle version du premier film de la réalisatrice, Virgin Suicides. A l’époque, elle parlait déjà d’adolescentes mal dans leur peau et de leur progressive descente aux enfers. Avec ce fait divers, elle signe une nouvelle fois le portrait d’une génération perdue dont les repères ne sont plus issus des valeurs familiales et morales traditionnelles mais bel et bien  des magazines people. Pour ce faire, Sofia Coppola adopte une narration frénétique plus proche de celle adoptée dans Marie-Antoinette que celles plus contemplatives de Lost in Translation ou Somewhere. Elle entraîne ainsi ses protagonistes dans les tréfonds de la cupidité, symbolisés par une quête de glamour et de reconnaissance à l’instar des demeures qu’ils détroussent. Piégé plus par l’addiction du risque que celle du profit, chaque personnage se retrouve incapable de saisir les conséquences à venir. Car la véritable alerte que la réalisatrice s’efforce de donner, c’est bien celle de la victoire totale du surconsumérisme et du diktat de l’apparat. Intention  louable renforcée par sa direction d’acteurs dont le non jeu rend finalement crédible l’entreprise.

Cependant, cette croisade s’essouffle rapidement en raison de la surenchère permanente à la fois dans les forfaitries de ses anti-héros mais aussi dans leur attitude et celles de leurs proches parfois exagérée à l’excès. A noter cependant un cambriolage filmé entièrement de l’extérieur en prise quasi aérienne dont le style épuré contraste avec le baroque qui anime le reste du long métrage. Au final tout ceci serait bien vain si ce n’était, pour le pire et pour le meilleur, un film de Sofia Coppola, avec tout ce que cela implique.

 Lost in the circle

 Une nouvelle fois, peut-être la fois de trop, la réalisatrice continue d’afficher ses obsessions présentes tout du long au sein de sa filmographie. A commencer par la destructuration familiale si chère à ses yeux. Par le biais d’adolescentes en rébellion contre une mère autoritairement abusive dans Virgin Suicides, de Bill Murray excédée par les caprices de sa femme (et Scarlett Johannson jeune épouse délaissée) dans Lost in Translation, d’une jeune reine mariée politiquement dans Marie-Antoinette ou d’un acteur voulant renouer avec sa fille dans Somewhere, Sofia Coppola n’a jamais cessé d’afficher ses amours pour des liens familiaux distendus (contrairement à son père). Ici, elle montre des adolescents en prise avec des parents divorcés, adeptes d’une secte rocambolesque ou tout simplement absents. Cependant, la pauvreté de ses rapports si finement montrés dans ses précédents films perd ici de sa saveur et c’est en grande partie dû à l’effet un peu bulldozer de l’ensemble.

D’autre part, Coppola impose aussi sa marque par un manque de repères évoqués plus haut. Ici, effectivement ses personnages doivent faire face à une morale de l’image plutôt que celle structurée d’une société bien portante. Auparavant, ses protagonistes cherchaient simplement des repères affectifs et une vraie liberté que leurs parents ne pouvaient leur donner, leur place dans une ville en terre étrangère, leur rôle dans un pays qu’ils devaient gouverner, ou tout simplement assumer leur rôle de père.

Mais surtout une fois encore, briser le cercle est l’obsession de la réalisatrice, et c’est à tout jamais symbolisé par la scène d’ouverture de Somewhere où le personnage principal tournait vainement en rond à plein régime dans sa voiture de sport. A chaque fois, elle place ses personnages dans un dédale sans fin, le but final étant simplement de rompre avec la spirale destructrice dans laquelle ils se retrouvent piégés. De la sueur, du sang et des larmes viennent les extirper généralement de cet abîme. Ici c’est une condamnation, après un suicide, des mots susurrés en guise d’adieu, ou encore un palace dévasté. Pourtant, le dernier plan de Bling Ring contraste idéalement avec le dernier de Somewhere. Emma Watson choisit ici de s’enfoncer un peu plus dans le cercle, tandis que Stephen Dorff lui le rompait définitivement en posant pied dans l’inconnu.

 Au final, Sofia Coppola propose une introspection au lieu de le régénérer. De là à dire qu’elle devrait aussi briser le cercle, il n’y a qu’un pas. Car si ses obsessions persistent, son regard lui s’amenuise… un problème pour l’avenir de ce qui fut l’un des talents prometteurs du vingt et unième siècle.

 Film américain de Sofia Coppola avec Israel Broussard, Emma Watson, Taissa Farmiga. Durée 1h30. Sortie le 12 juin 2013

Articles relatifs :

About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre