Vic et Flo ont vu un ours, de Denis Côté

Deux femmes en cabane

 Libérée après une longue période d’emprisonnement, Victoria, sexagénaire désabusée se retire dans la cabane à sucre familiale, aux côtés d’un parent paralysé et de Florence, avec qui elle a partagé détention et intimité. Suivies toutes deux par Guillaume, agent de probation aussi inflexible que bienveillant, elles vont vivre une relation tumultueuse parsemée d’obstacles inattendus.

© UFO Distribution

 Trois ans après un remarqué et remarquable Curling, Denis Côté revient au long-métrage fictionnel après son documentaire Bestiaire. Il livre une œuvre singulière, puisque Vic et Flo ont vu un ours relèvent plus de l’ovni que du mélodrame intimiste traditionnel. A défaut d’être habile, le mélange des genres (comédie, thriller, mélodrame horreur) surprend et détonne surtout dans la seconde partie du film. Pourtant, l’explosion finale est subtilement amenée par la caméra en mode traque tout du long ; il y a quelque chose de pourri qui se profile à l’horizon. Or les nombreuses ellipses et l’atmosphère parfois surréaliste dissimulent le dessein global du cinéaste entretenant par là même un curieux suspense. Les gueules du film, menaçantes, hébétées ou méfiantes contrastent avec le couple d’héroïnes bien décidées à tirer un trait sur leurs forfaits passés et enclines à  un nouveau départ.

Les choix esthétiques de Côté assez âpres donnent le ton à ce conte fantasmagorique, alimentés par la rudesse de jeu de ses deux actrices. Sur le ton du désespoir sans être lacrymal, Côté délivre un fascinant jeu de massacre que les contours d’espace et de temps ont peu à peu mis en place. La cabane isolée n’est elle pas propice aussi aux idylles qu’aux bains de sang traditionnels des slashers les plus banaux.

Aussi cynique que l’attitude de son jeune musicien, Côté à défaut d’accoucher d’un petit classique instantané donne à son bébé des allures d’objet furieux et somme toute suffisamment barré pour susciter si ce n’est un intérêt notoire, au moins une curiosité cette fois-ci bien placée.

Film canadien de Denis Côté avec Pierrette Robitaille, Romane Bohringer, Marc-André Grondin.  Sortie 4 septembre 2013. Durée 1h36

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre