Blue Jasmine, de Woody Allen

Black Woody

Jasmine quitte les quartiers huppés new yorkais pour l’appartement autrement plus cossu de sa sœur Ginger, à San Francisco. Derrière elle, une vie de faste puis de pleurs, un mari fortuné et une chute aux enfers. Le bon moment pour se reconstruire ou pour reconstruire les pièces dispersées d’un puzzle complètement fou.

Après quarante ans de carrière à analyser les bonnes et mauvaises mœurs de la bonne société new yorkaise et d’ailleurs, on est en droit de s’interroger sur la capacité du cinéaste à renouveler son art. Qu’il aborde le sujet par la comédie, comédie musicale, le mélodrame ou encore le film noir, Woody Allen ne cesse de se répéter inlassablement et ce moins subtilement ces dernières années. Hormis un remarquable Match Point, force est de constater que l’œuvre du réalisateur décline d’année en année. Toujours aussi prolifique mais beaucoup moins percutant, Woody Allen cherche vainement un nouveau souffle depuis quelques temps, démultipliant les comédies certes consommables mais bien en deçà  des films qui ont fait sa gloire dans les années quatre-vingt.

Ainsi Blue Jasmine arrive à point nommé pour apporter ce fameux nouveau souffle, car sans révolutionner totalement sa production, le film possède une grâce touchante qui mérite le coup d’œil. Explications.

Tout du long Allen use intelligemment d’une narration à rebours pour nous conter les pérégrinations de son héroïne sans oublier de se concentrer sur les faits du moment. Sans être révolutionnaire, ce procédé de déstructuration apporte son lot dramatique à une comédie douce-amère. Jamais totalement tragique et jamais totalement drôle, le réalisateur présente un personnage en totale adéquation avec sa propre personnalité. Tantôt névrosée, déboussolée, culottée ou touchante, Cate Blanchett rentre dans la peau des héros chers au cinéaste, fidèle à son image. La névrose, obsession récurrente de Woody Allen, n’a que rarement été montrée comme telle par l’auteur, tant les rires que les larmes peuvent se succéder à la vision des travers et maux de l’héroïne.

On assiste bel et bien à une farce noire, où chacun retombe éternellement dans ses erreurs, alors que tous les protagonistes se veulent juge et parti à l’instar d’une certaine tranche sociale qu’Allen se fait un malin plaisir d’égratigner.

Malheureusement le tour de force s’estompe quand l’équilibre si fragile entre comédie et mélodrame se rompt en grande partie à cause d’une musique grandiloquente intervenant aux moments censés être comiques. Une telle lourdeur de style contraste fortement avec les intentions premières et dénature la qualité de l’ensemble. Un mauvais point, un pavé dans un enfer de bonnes intentions.

Malgré cette fausse note, Blue Jasmine parvient à nous faire apprécier la plus antipathique des femmes, grâce à la perception virtuose de son metteur en scène. Un enchantement retrouvé.

Film américain de Woody Allen, avec Cate Blanchett, Alec Baldwin, Sally Hawkins. Durée 1h38. Sortie le 25 septembre 2013.

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre