Lady Hunt, de Hélène Frappat

Laura vit à Paris et travaille dans une agence immobilière dont le Patron est son amant. Ensemble, ils profitent des splendides demeures de luxe des beaux quartiers pour s’aimer sans que ça ne soit ni chez lui, qui est marié, ni chez elle, qui n’imagine faire entrer aucun homme dans son appartement. Et jusqu’ici tout pourrait paraître plutôt banal.

Mais il se trouve que Laura rêve trop souvent d’une étrange maison qui l’attire, qui l’effraie, bref, qui la terrorise et la hante. Ce rêve récurrent s’invite dans sa vie comme une ombre, un peu comme le reflet de nombreuses angoisses, il fait apparaître la brume et le feu, il ravive le sang, dont la couleur se reflète dans les cheveux et les taches de rousseurs de la jeune femme, et fait raisonner cette maison qui a sa propre voix pour appeler « Laura… ».

Cela commence par un enfant qui disparaît pendant une visite d’appartement, c’est là que nous entrons définitivement dans le chaos intérieur de Laura. Cette jeune femme vit avec l’idée de la maladie qui a fait disparaître son père comme une épée de Damoclès au-dessus de sa tête, sans savoir si elle-même est porteuse du gène ou non. Il en va de même pour sa soeur qui vit à Londres. Mais celle-ci est enceinte, et il devient plus impérieux pour Elaine de faire ce fameux test sans pour autant qu’elle ne saute le pas, pas plus que Laura. Pas facile de se décider à voir la vérité en face. Est-il plus simple de vivre dans l’ignorance au risque de fantasmer sans relâche des peurs terrifiantes, ou bien de se décider à aller affronter la réalité et enfin savoir si cette malédiction va se perpétrer, et donc signifier une mort inéluctable ?

Pour son quatrième roman, Hélène Frappat compose un récit tout à fait intrigant qui crève le rêve qui déborde et s’insinue dans la réalité, qui brode les superstitions avec les cauchemars, tout cela sur fond de poésie anglaise dont on redoute les prémonitions. Il s’agit d’un audacieux tissage qui relie les croyances familiales aux craintes légendaires, et qui nous révèle que bien entendu le non-dit ne peut être qu’aliénant.

Un très beau texte qui se laisse effeuiller au gré de paysages romantiques et de refrains entêtants, qui font frissonner et passionnent tout à la fois.  Nous avons tous nos légendes intimes qui s’entrelacent aux grands mythes universels, et Lady Hunt en est une virtuose illustration.

Lady Hunt, de Hélène Frappat chez Actes Sud, 317 pages, 20€.

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