Malavita, de Luc Besson

Autant entrer tout de suite dans le vif du sujet : Robert de Niro chez Besson, ça faisait peur. Michelle Pfeiffer parmi ses acteurs, c’était très étonnant. Et puis, à part The Lady, ces dernières années, Luc Besson nous avait plutôt habitués à des films… enfantins. Mais s’attaquer en plus à l’adaptation d’un livre de Tonino Benacquista, c’était plutôt périlleux. Mettez Robert de Niro et Tommy Lee Jones dans le même casting en revanche…. et vous attiserez notre intérêt.
Bingo !
Giovanni Manzoni (De Niro) et sa famille s’installent dans le nord de la France, au pays du camembert, afin d’échapper à la Mafia… dont ils ont été une des plus emblématiques familles. Tout ceci se passe sous le protectorat du FBI (T. Lee Jones), et c’est ainsi que la nouvellement nommée famille Blake emménage dans une vielle bicoque au coeur d’un village plutôt tranquille… jusque là.
Evidemment, De Niro dans le rôle d’un mafieux, c’était gagné d’avance (Le parrain 2, Les Incorruptibles). Mais l’installer dans le rôle du mafieux qui se reconvertit en vieil écrivain pantouflard, c’est une tout autre dimension qui s’annonce ! Bizarrement, on va découvrir que dans cette famille où l’on s’attache à ne pas prononcer de gros mots à table, le plus terrible de tous n’est certainement pas le père ! Bien que…

Le potentiel comique de M. Pfeiffer
Michelle Pfeiffer et ses 55 ans bien sonnés, sa sévérité feinte, son espièglerie… et son potentiel comique, déjà aperçu dans le fameux Les sorcières d’Eastwick. Ca, c’était bien trouvé. Avec toujours autant de classe, elle vous sort des répliques au couteau à la manière de Morticia Adams. Cette femme aura tout incarné : Catwoman, Madame de Tourvel, Elvira Hancock, ou une prof perdue au milieu d’élèves délinquants. L’actrice semble être à l’aise dans tous les rôles, et particulièrement dans celui de l’épouse mafieuse qui cache bien son jeu.

Tommy Lee Jones est peut-être, quoi qu’on en dise, le plus attachant des personnages, perdu entre son devoir et ses bons sentiments. On ne sait pas laquelle des deux notions fait avancer l’autre dans son esprit, et c’est là tout l’intérêt d’un film qui pourrait n’être qu’un pastiche de Tarantino et qui en réalité est bien davantage qu’un exercice de style, qui possède une certaine sensibilité que l’on ne retrouve pas chez ce réalisateur.

Luc Besson ne cherche pas à nous faire rire malhonnêtement, ses personnages nous font rire aux éclats de ce qu’ils sont et s’évertuent à cacher : ce qui somme toute paraît bien difficile.

Le propos du film
Derrière cette comédie se cache un drame tout littéraire, philosophique : peut-on vraiment cacher qui l’on est vraiment ? Peut-on vraiment échapper à son passé ? Peut-on vraiment changer, se refaire, et recommencer une autre vie en quittant son monde ?

La famille Black, ou peu importe comment elle se nomme en réalité, ou se nommera plus tard, tente de se ré-approprier une vie et une conduite mais c’est parfois en cherchant à se racheter que tout nous pète à la figure… avec une violence inouïe. En cela, Besson ne rate pas sa sortie, et l’on reconnaît bien la patte de celui qui signa autrefois Léon et Nikita. Un retour aux sources en quelque sorte, mais avec une touche d’humour et d’humilité en plus, ce qui a suffi à nous convaincre amplement.
C’est le 23 octobre 2013 au cinéma.

Malavita, film franco américain de Luc Besson, avec Robert de Niro, Michelle Pfeiffer, Tommy Lee Jones, Dianna Agron…

A noter : nous étions à la conférence de presse donnée dans la prestigieuse (et énorme) cité du cinéma. Les acteurs, très détendus, ont répondu aux questions des journalistes en présence de Luc Besson qui a qualifié ses acteurs (De Niro et Michelle Pfeiffer surtout) de « Top de la crème ». Jouant avec des petits acteurs français pas du tout connus, ils ont mis tout le monde à l’aise sur un tournage qui avait lieu en basse normandie, permettant aux débutants (très impressionnés) de donner le meilleur d’eux-mêmes.
De Niro n’éprouve pas spécialement de nostalgie par rapport à des films comme Le parrin ou Les affranchis : mais il avoue avoir été très ému lors d’une certaine scène où il visionne justement ce dernier film. Michelle Pfeiffer avoue quand à elle adorer jouer les rôles de mafieuse, même si son rôle dans Scarface n’était pas vraiment « fun », par rapport à celui-ci.
L’actrice Dianna Agron, présente elle aussi et attendue par quelques fans à la sortie, a avoué qu’elle avait été très impressionnée également de pouvoir jouer avec de tels monstres du cinéma, mais que tout s’était très bien passé, car le tournage s’est déroulé dans une ambiance bon enfant.
De Niro et Luc Besson ont déjà évoqué l’intention de retravailler ensemble après cette nouvelle belle expérience, peut-être également avec Michelle. Le réalisateur ne tarie pas d’éloges sur une équipe qui a fonctionné et contribué à faire de cette adaptation un véritable succès. En toute sincérité, il explique que c’est une première pour lui, de se laisser aller ainsi à la comédie, même si ses films, plutôt noirs en général, laissent entrevoir souvent une pointe d’humour. Ici, c’est une vraie comédie aux petites pointes dramatiques. Et ça cartonne !

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.