Ometepe, de Luciano Saracino et Javier de Isusi

Ometepe est cette île située au coeur du lac du Nicaragua, et qui forme deux seins émergés. La forme atypique de cette île a donné des ailes à l’imagination de Luciano Saracino et Javier de Isusi, qui a dessiné cette fois à l’aquarelle, alors qu’il nous avait plutôt habitués à l’encre de Chine.

Bien évidemment, cette histoire trouve ses fondements en Amérique latine, comme les autres récits de Javier de Isusi : La pipe de Marcos, L’île de Jamais Jamais, Rio Loco, Sur la terre des sans terre… et comme à son habitude, l’auteur explore les lieux grâce à l’arrivée d’un voyageur auquel on va raconter quelques histoires, qui hantent en réalité encore aujourd’hui les âmes qui vivent sur l’île.

Ce voyageur venu d’on ne sait où cherche le Chaco Verde, le lieu de la lagune verte. Cependant, un vieil homme le met en garde sur son trajet :  « Tu ne prendras rien de ce qui t’est offert au Chaco Verde ». On sait, une fois le personnage prévenu, qu’il faut bien entendu s’attendre à ce que quelque chose se passe mal… sans qu’il soit possible d’imaginer ce qui va suivre…

On croise ainsi dans ces histoires légendaires des personnages très curieux, qui renferment des secrets bien gardés, et des pouvoirs très étranges. Il n’y a pas toujours une morale à tirer de ces histoires, si ce n’est qu’il ne faut pas désobéir à la prophétie qui hante un lieu.

Ometepe est un ouvrage remarquable : d’abord parce qu’il est plein de poésie et l’on sent que le poids des années et des siècles ne se fait pas sentir sur la beauté des histoires qu’il renferme. Elles en deviennent comme souvent universelles parce qu’elles comportent toutes quelque chose que nous connaissons, sans même avoir approché l’île : il s’agit d’histoires qui ressemblent parfois à ce que l’on pourrait voir ailleurs.  Mais chacun sait que l’on ne se lasse jamais des contes et légendes, quelles que soient leur provenance. Ensuite parce que le dessin a ce petit quelque chose qui fait qu’on s’attache d’emblée aux personnages, pourtant présents seulement sur quelques pages.

Les éditions Rackham s’y entendent pour publier de petites merveilles. Ometepe est de celles-ci.

Ometepe, Luciano Saracino, Javier de Isusi, Aquarelle, Juin 2013, Traduction de Alejandra Carrasco Rahal, 65 pages, 18 euros.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.