Pain amour et fantaisie, de Vittorio de Sica

La vie est belle

Italie d’après- guerre : le maréchal Antonio Caratenuto se rend au village imaginaire de Sagliena afin de prendre le commandement de la garnison locale de carabiniers. Sur place, il tombe sous le charme de Maria, vraie fausse ingénue sans savoir qu’il va s’engager dans un rocambolesque jeu de l’amour et du hasard.

Malmené par la critique de son époque, Comencini n’a jamais connu l’estime de bon nombre de ses compatriotes (de Leone à Antonioni), considéré par les plus indulgents comme un auteur mineur et par les plus féroces comme un faiseur de la pire espèce.
Au grand dam de ses détracteurs, Comencini connut au final une carrière plutôt prolifique, signant au passage une quarantaine de longs-métrages, tous d’inspiration très différentes, du film noir à la comédie légère.
Voir Pain, amour et fantaisie, c’est ici (re)découvrir le plus grand succès public de Comencini, succès inversement proportionnel  aux attaques de toutes parts dont fut l’objet le film.


Adapté librement d’un roman italien assez obscur dans nos contrées, l’histoire originale devait mettre en scène un prêtre venant en aide aux plus démunis, ces derniers se retrouvant soudainement en possession d’une grosse somme d’argent. Nullement comique à l’origine, le scénario devait mettre en avant les difficultés quotidiennes et la détresse des habitants d’un petit village d’après-guerre. Rapidement Comencini remplaça le personnage du prêtre par celui d’un maréchal des carabiniers et malgré ses réticences Vittorio de Sica  lui-même metteur en scène magistral de l’époque) fut choisi pour interpréter le rôle phare. Après une période de dissensions entre Comencini et De Sica (Comencini reprochant au réalisateur de Miracle à Milan de s’immiscer  un peu trop dans la mise en scène), Pain, amour et fantaisie vit  le jour, non plus sous la forme  d’un drame néoréaliste classique mais bel et bien d’une comédie.
Le résultat fit bondir la critique, cette dernière taxant le film d’œuvre néoréaliste rose, dénuant ainsi le travail réalisé par Comencini.


Pourtant à y voir de plus près, même s’il n’est en rien un chef-d’œuvre impérissable, Pain, amour et fantaisie possède des qualités indéniables et ne mérite en rien les mots assassins de son temps. L’image de Maria interprétée efficacement par Gina Lollobrigida sur son âne est terriblement révélatrice des intentions de Comencini. Au travers de la farce, se cache régulièrement une vision acide et crue de la misère ambiante. Le dialogue à l’origine du titre du film où le maréchal discute avec le mendiant (il lui demande ce qu’il mange avec son pain et ce dernier lui répond avec de la « fantaisie » ) imprègne le film d’un air doux amer plus en adéquation avec le style néoréaliste que la farce bouffonne.  Car le film est à l’image de son héroïne ; cette dernière fausse femme fatale, aussi faible que garce dégage un contraste permanent. Le film lui-même est un faux vaudeville avec des airs de film néoréaliste et un faux film néoréaliste avec des airs de vaudeville. Pourtant, contrairement aux farces traditionnelles, Comencini  ne sclérose pas ses acteurs dans des décors uniformes mais au contraire déploie son film dans des espaces infinis.
Grand plaisir coupable ou friandise exquise d’un autre temps, voir Pain, amour et fantaisie c’est aussi la possibilité d’appréhender un auteur par trop oublié ces temps-ci.

Film italien de Luigi Comencini avec Vittorio de Sicca, Gina Lollobrigida, Marisa Merlini, Virgilio Riento. Durée 1h29. Sortie 1953. Disponible en dvd et vod aux Editions Carlotta

Pour terminer, voici quelques extraits :

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, cinéphile et grand amateur de pop culture