Thor, Le monde des ténèbres, d’Alan Taylor

Crisis on infinity realms

Deux ans après le premier volet, et quelques temps après les événements survenus dans the Avengers, Thor revient sur terre chercher la femme qu’il a laissée jadis. Il va devoir alors affronter une menace inimaginable et ce sur les neuf mondes, afin de vaincre le roi des elfes noirs Malekith. Mais pour mener à bien cette tâche, il devra passer un marché avec le diable et mener un véritable jeu de dupes…

Le dieu nordique made in Marvel revient sur grand écran, ce deux ans après un premier volet consacré à ses aventures signé Kenneth Brannagh. Force est de constater que l’accueil du précédent opus fut mitigé malgré un réalisateur expérimenté aux commandes, beaucoup jugèrent le développement de l’intrigue trop lent, et les origines du héros à peine esquissées, manquaient terriblement. Bon point en revanche pour l’interprétation de Tom Hiddleston, certes très loin de Marlon Brando, mais suffisamment convaincante pour supplanter la vedette à la tête d’affiche, Chris Hemsworth.

Avec ce Thor, le monde des des ténèbres, Marvel Studios décide d’écarter Kenneth Brannagh au profit d’Alan Taylor, révélé au grand public avec la série Game of Thrones. Après avoir intronisé Joss Whedon sur Avengers, la production continue de mettre aux commandes des réalisateurs issus de la télévision. Fort bien leur a pris avec Whedon, la question était de savoir si Alan Taylor connaitrait la même réussite dans ce projet.

D’un point de vue scénaristique, le film s’inscrit toujours dans la lignée Avengers, le récit reprend justement là où Whedon s’était arrêté avec le retour de Thor sur Asgard. Pourtant, très vite, Taylor à l’instar de Shane Black sur Iron Man 3 va très vite se désintéresser de cet arrière-plan, pour délivrer une histoire totalement indépendante. Or, il est fort difficile d’appréhender un tel personnage sans très vite aujourd’hui tomber dans le ridicule. La bande dessinée a elle-même connu de nombreux flottements même si des scénaristes de talent tels Dan Jurgens, Jean Michel Starczynski et surtout Walter Simonson ont apporté une pierre remarquable et remarquée à l’édifice du dieu du tonnerre. D’ailleurs si le générique crédite Larry Lieber, Stan Lee et Jack Kirby comme sources d’inspiration au scénario (car tous trois créateurs du personnage), c’est bien du côté de Simonson que Taylor lorgne grandement avec cette histoire de space fantasy. Je dis bien space fantasy car le mélange futuriste et fantasy n’a rarement été aussi bien montré à l’écran, le faste du décorum impressionne de même que toutes les scènes de bataille dans Asgard. Marvel Studios continue ainsi d’enfoncer la concurrence en terme de moyens déployés, totalement démesurés, ce qui peut laisser craindre un certain recul de la qualité ( les premiers films de la franchise bien que moins spectaculaires possédaient un charme indéniable) .

C’était sous-estimer les qualités narratives et visuelles de Taylor. S’il ne signe pas un chef-d’œuvre du genre comme Raimi ou Nolan en leur temps, Taylor tire fort bien son épingle du jeu. Malgré une action résolument décousue, Taylor ajoute à l’univers visuel grandiloquent une pincée d’intrigue, certes fort simple mais suffisamment bien amenée pour se prendre au jeu. Loki qui aurait fort bien pu être un personnage de Martin devient le protagoniste central de l’histoire et colle fort bien à la marque de fabrique de Taylor. En outre, sans être le nouveau Kubrick, ce dernier apporte ci et là quelques idées de mise en scène fort bienvenues, des funérailles sur Asgard à l’époustouflant combat final, renvoyant plus au concurrent Dc Comics et son Crisis on Infinite Earths.

Il est probable qu’en raison des enjeux financiers, Marvel Studios ne laissera jamais prendre les risques entrepris par Raimi ou Nolan autrefois. Mais il est indéniable que pour l’instant sa franchise Avengers continue d’engendrer les produits populaires de qualité que le reste d’Hollywood ne sait plus fabriquer. Thor, le monde des ténèbres en est encore un exemple incontesté.

Film américain d’Alan Taylor avec Chris Hemsworth, Natalie Portman, Tom Hiddleston, Stellan Skarsgard. Durée 2h10. Sortie le 30 octobre 2013

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre