Tranquille, de Anne-Marie Garat

Au mois d’avril 2013 paraissait aux éditions In8 un court roman de Anne-Marie Garat, dont on vous aurait bien parlé dans le numéro 15 de PILC Mag si nous n’avions pas découvert l’ouvrage qu’au mois d’août, au détour d’une visite chez Sauramps, à Montpellier. Jour béni que celui-ci ! Tranquille est un véritable petit bijou.

Le récit est à la première personne : le fils nous raconte sa visite à son père qui vit reclus dans les montagnes, dans sa cabane du fond de la forêt. Il a besoin de lui apporter une nouvelle et il a préféré se déplacer lui-même, sans grande joie à l’idée de revoir le paternel. Celui-ci l’accueille alors fusil au poing, avec des préoccupations plutôt mystérieuses…

Avec si peu de mots, et somme toute presque rien, Tranquille nous dit tout de la complexité des sentiments humains. Comprendre que ce qui se passe en réalité dans ce roman n’est pas dit. Comprendre que ce qu’il y a de plus important ne doit pas forcément être formulé. En témoigne cette fameuse nouvelle que l’on croit apporter, qui quelque part est déjà connue, ou justement si attendue, et si crainte aussi, qu’il n’y a pas d’autre issue que de l’ignorer. C’est bien cela, que nous assène tranquillement ce petit livre : que nous savons, que nous nous sauvons de ce savoir, que parfois nous fuyons. Et l’homme est si compliqué : si compliqué qu’en fait de fuir il retient, utilise des subterfuges, s’invente une nécessité ou un but pour ne pas rester seul.

Et si être tranquille c’était finalement profiter du présent ? Regarder un instant un paysage que l’on ne peut voir qu’une fois l’an : ou que l’on se plait à croire unique, et l’unique possesseur en cet instant ? Etre celui auquel on ne viendra pas voler l’image qu’il a devant les yeux pour la partager avec le monde entier. Tranquille pourrait également évoquer en effet un autre aspect de l’ignorance, dépassant le quant-à-soi : il y aurait peut-être du bon à échapper à l’information telle que nous la connaissons aujourd’hui, à s’isoler au milieu de nulle part sans téléphone, sans se préoccuper de la boîte aux lettres, sans internet.

Mais toute tendance à son pendant, et c’est souvent là que la folie fait son nid, la folie ou ce qui précède le grand départ, ou bien plus simplement : la crainte, l’ennui, la curiosité.

Tranquille, d’Anne-Marie Garat, est un petit roman riche d’enseignements qui laisse encore leur place au mystère et à l’évocation, la rêverie ; un moment où l’on s’égare avec plaisir.

Tranquille, Anne-Marie Garat, Editions In8, Collection Alter & Ego, Avril 2013, 72 pages, 12 €

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.