Dans le silence du vent, de Louise Erdrich

Joe a treize ans, trois meilleurs copains pour la vie, une tante par alliance pourvue de seins irrésistibles, un grand-père d’au moins 112 ans, vieillissant mais qui raconte des légendes fabuleuses dans son sommeil, une grand-mère tendance La Tourette, un père avocat tribal et une mère qui vient de subir un viol particulièrement brutal.

Comme on peut s’y attendre, cet événement perturbe la vie de cette famille, notamment celle de Joe qui se sent désemparé face à la souffrance de sa mère, la tristesse de son père, et enrage de voir que la loi, dont on lui a toujours expliqué qu’elle était là pour protéger les citoyens, peut se révéler inefficace voire aberrante.

En effet, la tragédie s’est produite dans les environs de la maison-ronde (qui donne son titre original au livre), mais trois types de terrains s’y trouvent : l’un faisant partie de la réserve indienne dans laquelle ils habitent, un second qui appartient à l’Etat et le troisième à une personne privée. Et le procès ne peut avoir lieu tant qu’on ne sait pas où s’est passé le méfait, seul moyen de déterminer quel est le tribunal compétent.

Joe ne souhaite qu’une chose : venger sa mère. Et comme les adultes n’ont pas l’air de se décider à bouger plus que la loi, lui veut découvrir ce qui s’est passé, qui en est l’auteur, et s’en occuper lui-même, même si pour cela il doit se casser la tête avec le bien, le mal et le reste !

Au-delà de l’énigme à résoudre, Louise Erdrich nous fait entrer dans la vie de cet adolescent, dans son univers, ses préoccupations, sa vision du monde et des gens qui l’entourent. C’est un récit riche et intense, qui nous fait retrouver cette période de la vie où l’on a tout à découvrir, où l’on passe sont temps à jouer et à déconner tout en sentant qu’on change, qu’on a de nouveaux centres d’intérêt, et que certains événements nous font grandir plus vite que de raison. Ce moment où, mine de rien, l’enfance est encore bien présente mais la vie s’étoffe et se complexifie, et l’innocence, elle, s’étiole.

Sur fond de culture amérindienne, Louise Erdrich dresse le portait d’un adolescent des plus touchants et signe ici un roman envoûtant.

Dans le silence du vent, Louise Erdrich, Albin Michel, Aout 2013, 480 pages, 22,50 €
Traduit de l’américain par Isabelle Reinharez

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