Entretien avec Océanerosemarie

Rien de tel que le mois d’octobre 2013 pour paraître aussi invisible aux yeux du public : Océanerosmarie, qui publie ce mois-ci la bande dessinée inspirée de son spectacle La lesbienne invisible a pour concurrente principale La vie d’Adèle réalisé par Abdellatif Kechiche. Pour pallier ce déséquilibre manifeste, et rendre ce qui appartient à la Lesbienne invisible, nous avons choisi d’accorder la couverture à l’une plutôt qu’à l’autre, tout en traitant les deux. Et toc.

D’où est venue l’idée de passer du spectacle à la bande dessinée ?
C’est Sandrine Revel (la dessinatrice) qui m’a proposé d’adapter le spectacle en bande dessinée. J’ai tout de suite trouvé l’idée très séduisante, surtout quand j’ai vu son travail de grande qualité ! Tout ce que j’aime : finesse du trait, humour, des couleurs subtiles et originales !

Qu’est-ce qui a été le plus dur pour vous dans ce processus ?
Franchement… Rien ! Le travail a été très fluide avec Sandrine qui est merveilleuse de patiente, d’écoute, et qui s’affirme aussi quand elle sait qu’elle a raison ! J’ai eu un plaisir sans cesse renouvelé à chaque planche qu’elle m’envoyait parce que même quand ce n’était pas tout de suite parfait, c’était très ludique de chercher des solutions ensemble.

Récemment, par rapport au débat sur le mariage gay, de quelle manière vous êtes-vous impliquée (ou pas) ?
Je me suis impliquée à mon maximum ! J’ai été à toutes les manifs, j’ai répondu à bon nombre d’interviews en défendant le mariage pour tous et la PMA qui malheureusement est passée à la trappe pour l’instant, ce qui me fâche beaucoup. J’ai par exemple accepté d’aller à l’émission de Thierry Ardisson face à Marine Le Pen, je crois que j’ai jamais autant stressé de toute ma vie pour une promo ! Mais finalement c’était chouette vu qu’elle a dit n’importe quoi sur le sujet, et mollement, donc ça n’a pas été si difficile de la contredire.

Pensez-vous vous arrêter à cette formule pour La lesbienne invisible ou pensez-vous au cinéma par exemple ?
J’écris un scénario pour le cinéma depuis un an avec mon co-auteur Cyprien Vial (qui tourne actuellement « Bébé Tigre », son premier long métrage) et nous sommes vraiment à la fin de l’écriture. C’est une comédie romantique lesbienne, toujours avec le personnage d’Océanerosemarie sauf que cette fois elle rencontre le grand amour ! C’est une sorte de « suite » du spectacle, où la question traitée n’est pas
l’homosexualité -les personnages n’ont pas de problèmes de coming out par exemple- mais des problèmes d’engagement, d’amour compliqué, des problèmes de trentenaires quoi ! Après mes héros sont gays mais c’est parce que c’est ce que je connais le mieux et qui peut prêter à une comédie nouvelle et inédite. On a pas eu de comédie romantique lesbienne depuis Gazon Maudit et je pense qu’il est temps d’offrir un film plus moderne, avec des représentations de lesbiennes plus actuelles et moins flippantes que Balasko et son gros cigare !

Comment s’est articulé le travail avec Sandrine Revel (dessinatrice) ?
Sandrine travaillait d’abord sur des crayonnés qu’elle m’envoyait, et là on en parlait, soit c’était juste parfait tout de suite soit ça manquait de quelque chose et on réfléchissait ensemble à comment gagner en humour ou en émotion.
J’ai essayé de ne pas être trop relou avec Sandrine mais c’était pas toujours évident, je l’ai par exemple un peu embêtée sur ma coupe de cheveux
et la longueur de mon nez ! (ouais je sais, la honte !) Plus sérieusement, depuis 4 ans ½ que je joue ce spectacle j’ai certains personnages dans la tête, assez précisément, et il fallait aussi lâcher pour qu’elle puisse laisser libre cours à sa créativité à elle aussi. Mais au final ça s’est très bien passé puisque j’ai été très directive sur certains personnages ce qui lui donnait aussi des éléments pour avancer, et je l’ai complètement laissée faire sur d’autres, et je dois dire que j’adore la façon qu’elle a eu d’apporter des choses nouvelles, qui me font toutes beaucoup rire !

Que tirez-vous de cette expérience dans le monde de la BD ?
Je dois dire que pour l’instant c’est idyllique. Sandrine est venue vers moi et elle a un talent fou, ensuite Sophie Chedru notre éditrice qui n’était pas au courant qu’on avait déjà l’idée de la BD m’a contacté sur facebook en me disant « Bonjour je lance ma collection chez Delcourt, n’auriez vous pas pensé à adapter votre spectacle en BD par hasard ? » on lui a envoyé les premières planches et elle a eu un total coup de coeur aussi, on signait donc une semaine après ! Et sincèrement je trouve la BD très  émouvante, très mignonne, et je pense que des gens qui n’auraient pas forcément eu la démarche de venir au spectacle malgré leur curiosité pourront du coup s’acheter la BD et avoir beaucoup de plaisir à la lire.

Avez-vous d’autres projets qui ne concernent pas La lesbienne invisible ?
Je mets en scène le spectacle de Sophie-Marie Larrouy « Sapin le Jour Ogre la Nuit » qui joue du mercredi au samedi à la Comédie des Trois Bornes. Le spectacle parle des Vosges, de logeurs violeurs et de Jonnhy Halliday donc on est bien loin de la lesbienne invisible ! Sophie Marie a un immense talent, une vision du monde et un humour complètement atypiques et originaux. C’est un grand bonheur de travailler avec elle. Je continue aussi mes chroniques sur France Inter tous les vendredis dans l’émission de Stéphanie Duncan « Les femmes toute une histoire »
et dans l’émission de Frederic Lopez « On va Tous y passer », et je dois dire que j’adore ça ! Je travaille aussi sur d’autres projets de films et de séries mais c’est encore trop tôt pour en parler…

Si vous deviez conseiller un livre aux lecteurs de Paris-ci la culture ?
Je ne retrouve personne d’Arnaud Cathrine qui vient de sortir, c’est un livre très puissant et émouvant, tout en étant d’une grande simplicité, un livre frugal et riche, simplement beau.

Un disque ?
Le dernier EP de Christine & the Queens, une jeune artiste française qui a un talent fou et que j’aime énormément. Sa musique est à la fois très pop et très profonde, et sur scène elle est ce que j’ai vu de mieux de la scène française depuis longtemps, la classe et le déhanché de Michael Jackson mêlés à l’émotion et l’élégance de Laurie Anderson ! Elle joue au festival des Inrocks le 10 novembre à la Cigale et je serai sans nul doute aux premières loges.

Un film ?
La Bataille de Solférino qui vient de sortir. Meilleur film français de l’année avec La Vie d’Adèle, pour moi. Energie, réalisme, auto-dérision et émotion sont là, tout le temps, et on est tenu en haleine du début à la fin. Je ne connaissais pas le travail de Justine Triet ni Leatitia Dosch et Vincent Macaigne et j’ai été vraiment soufflée et heureuse de sentir ce vent de fraicheur et d’intelligence sur notre cinéma ! C’est d’une très
grande modernité tout en rappelant Pialat ou Godard période Nouvelle Vague. Superbe.

Propos recueillis par Stéphanie Joly

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.