Inside LLewyn Davis, des Frères Coen

Let’s folk

Musicien fauché, LLewyn Davis tente une dernière percée tout en affrontant à la fois les problèmes du quotidien et ses propres démons intérieurs.

 1961 le folk laisse lentement mais sûrement place au rock’n roll. C’est dans cette ambiance musicale emprunte de nostalgie que les frères Coen ont décidé de nous transporter. Mais ici point de film noir ou de farce rocambolesque, non juste l’introspection jusqu’au boutiste d’un artiste en quête de repères.

Pourtant Inside LLewyn Davis n’est point une rupture avec le reste de leur filmographie, ni une charnière mais tout simplement une marque de fabrique désormais bien balisée reprenant ci et là des thématiques qui leur sont chères.

LLewyn Davis incarne le personnage archétypal des frères Cohen, celui du loser magnifique et magnifié par la caméra des cinéastes. La force principale ici du long métrage est de décrire l’enfer vécu par son protagoniste, une descente vertigineuse dans les abymes que lui-même provoque minute après minute. Constamment Llewyn Davis rempile du calvaire et s’engouffre intentionnellement un peu plus dans l’oubli. Car Inside LLewyn Davis parle d’abord d’oubli : oubli du chat, oubli de la Folk, oubli du partenaire, oubli des formulaires. Llewyn Davis accuse toujours un retard par rapport à son temps, en total décalage vis-à-vis de ses contemporains, que ce soit en terme de mode de vie ou d’orientation professionnelle.

Incapable de stabilité sentimentale ou associative, il joue du folk quand hors champ le rock s’émancipe. Il se met donc en quête d’une terre promise, lors d’un passage en road movie renvoyant à celui d’Ulysse dans O’Brother. Mais là point de Pénélope ou de succès musical, juste un énième échec. Cette terre promise d’ailleurs qu’il cherche désespérément n’est autre que de trouver une place dans une société dans laquelle il ne se reconnait pas ou plus. Chassé de son microcosme familier, ce manque d’intégration est d’autant plus symbolisé par le manque de foyer, de domicile fixe. Il n’est plus qu’un vagabond tel les crooners des années vingt symbolisé par le Honkytonk Man de Clint Eastwood. Ne reste plus qu’un air mélancolique pour le tirer de sa torpeur ou plutôt les coups résonnants d’un quidam vengeur dans une exposition/conclusion en ellipse parfaitement maîtrisée.

Entre exercice de style et analyse psychanalytique, Inside LLewyn Davis entraîne le spectateur dans un voyage rétro aussi touchant que dépressif. Sans atteindre la folie d’O’Brother ou la noirceur sidérante de No Country For Old Men, les frères Coen parviennent au moins à nous émouvoir. Déjà une réussite en soi.

Film américain d’Ethan et Joel Coen, avec Oscar Isaac, Carey Mulligan, Justin Timberlake. Durée 1h45. Sortie le 6 novembre 2013

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre