Le mépris, de Godard

Chroniques de la vie ordinaire

Paul, scénariste et écrivain mène une vie de couple comblée avec sa jeune épouse. Pourtant, suite à un événement anecdotique, cette dernière va le mépriser définitivement.

On ne présente plus Jean Luc Godard, chef de file de la Nouvelle Vague dans les années soixante et dont l’œuvre fascine encore aujourd’hui bon nombre de cinéphiles. Son œuvre singulière fut ponctuée par quelques coups de maître tel Pierrot le fou, Vivre sa vie et bien entendu A bout de souffle. Cependant, la qualité de son art fut loin d’être constante et quelques erreurs jalonnent sa carrière côtoyant au plus près les bijoux énoncés.

Le mépris, malgré des qualités intrinsèques, certaines relèvent ainsi plus de l’erreur de parcours que du chef d’œuvre. Pourtant, l’ambition de Godard pour ce film fut démesurée par rapport au sujet. Partir d’un  postulat simple, d’un fait banal de vie quotidienne et mener parallèlement une introspection sur son travail et le cinéma en général.

Résultat, on assiste à une pellicule superbe plastiquement mais d’une vacuité consternante.

Effectivement l’esthétique est ici irréprochable tant la mise en scène, les partis pris sur la couleur, les décors, les costumes sont à la fois recherchés et réussis. La scène où le couple déambule en serviette tels des romains de l’antiquité est assez éloquente. En outre les regards subreptices ça et là en direction de l’Histoire du cinéma portent un hommage judicieux à la confrérie du septième art. Mais malgré toutes ses bonnes intentions, Godard ne parvient pas à justifier une telle débauche visuelle, la perfection perceptible ne se marie point avec la force supposée de ce type de récit : la crédibilité. La simplicité pour plus de naturel aurait sans doute permis de s’attacher émotionnellement aux différents protagonistes. Mais la composition à l’excès de Bardot (et du reste du casting d’ailleurs) empêchent le spectateur de croire un minimum dans l’humanisme de l’ensemble. Pis, les dialogues dénués d’intérêt contrastent avec la maestria du hors champ et des non-dits du cinéaste. Car le mystère et l’absence de mots sont à contrario la grande force du long métrage lui rendant ainsi en partie l’efficacité tant espérée.

Au final, on assiste à une promotion auto narcissique d’un auteur, dont le nombrilisme atteint ici son paroxysme. Godard se regarde beaucoup filmer et accouche d’un grand film malade ou d’un faux chef d’œuvre. Au choix.

Film français de Jean-Luc Godard avec Michel Piccoli, Brigitte Bardot, Fritz Lang. Durée 1h43.  1963. Ressortie le 20 novembre 2013

 

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre