Relire Gaëtan Soucy

Cet été, nous avons eu la tristesse d’apprendre le décès de Gaétan Soucy. Il avait 54 ans et aurait eu encore sûrement beaucoup à écrire. C’est pourquoi nous vous proposons de relire son chef-d’oeuvre La petite fille qui aimait trop les allumettes, publié à l’origine en 1998. La prouesse de cet ouvrage est de tenir du génie tant par le fond que par la forme. Des histoires impressionnantes, il en existe, mais celle-ci est très forte. Des formes originales, il en existe, mais cette forme-là est absolument fantastique.
L’ado qui nous raconte son histoire a vécu de manière isolée avec son frère et son père jusqu’à ce que celui-ci décède et laisse ses enfants livrés à eux-même dans ce monde qu’ils ne connaissent pas. Le récit est incroyable car c’est grâce à l’écriture que le narrateur cherche, comprend et tente de survivre comme il le peut. Mais sa manière d’écrire est toute particulière, puisque c’est par les livres (ses « dictionnaires ») que son langage s’est forgé et non par la vie et l’expérience. Son père étant un ecclésiastique tyrannique, torturé et bien rétrograde, c’est par un langage emprunt de vocabulaire ancien, religieux, d’expressions qui se mélangent, d’images inventées de manière étonnante et tout à fait éloquentes que l’on comprend petit à petit au fil des indices qu’on nous dissémine, ce qu’a été leur vie et leur histoire, jusqu’au dénouement aussi terrible qu’émouvant qui nous laisse absolument pantois.
Un livre aussi poétique que cruel, d’une beauté poignante et d’une inventivité hallucinante. Un livre à lire, à relire, et relire encore.

La petite fille qui aimait trop les allumettes, Gaétan Soucy, Points, 179 pages, 6,10€.

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