[Analyse] The Immigrant, de James Gray

Once upon a time in America

 1921. Ewa et sa sœur Magda partent de Pologne pour New York en quête du rêve américain. Très vite elles sont séparées, Magda atteinte de tuberculose est mise en quarantaine. Afin de la sauver et d’entrevoir un avenir meilleur, Ewa va pactiser avec le diable et tomber sous la coupe de Bruno. Le début d’une descente aux enfers…

Film après film, James Gray s’affirme bel et bien comme l’héritier du « Nouvel Hollywood », avec Martin Scorsese et Francis Ford Coppola en tête. Adepte d’un style épuré, sans fioritures, et d’une narration d’une fluidité rarement égalée de nos jours, Gray préfère de loin conter une histoire sans se soucier de l’esbroufe visuelle de certains de ses contemporains. Résultat quand d’autres n’ont plus rien à dire, lui s’efforce de faire briller son sujet à travers quelques hommages au film noir ( The Yards, La nuit nous appartient) ou un mélodrame comme Two Lovers.

Avec The immigrant, Gray délivre une nouvelle fois un mélodrame ; cependant il accorde une place prépondérante au thème de l’immigration alors que ce thème servait de toile de fond dans ses précédents opus. Déjà porté sur le sujet des communautés juives et d’Europe de l’Est, il décide cette fois dans faire son thème principal…Du moins c’est ce que laissent penser les premières minutes où les rouages tentaculaires d’une administration froide et corrompue écrasent le personnage de Marion Cotillard.

Cependant, si le sort de ces immigrés l’intéresse ce n’est que pour mieux desservir une déchirante tragédie humaine où la bassesse et la misère de chaque protagoniste tendent à entraîner le spectateur vers une inéluctable spirale de la douleur. Contrairement à ses précédents films où l’appartenance de groupe qu’elle soit familiale ou sociale permettait à ses personnages de s’élever voir de se sauver, James Gray ici abat petit à petit les fondements holistiques de son cinéma. Que ce soit Ewa trahie par sa famille ou Bruno par « ses  colombes », Gray privilégie plus que jamais l’individu et son égocentrisme.  Cette prise de risque est d’ailleurs sublimée par les interprétations de Marion Cotillard en fausse ingénue et vraie survivante, et Joaquin Phoenix vrai faux bad guy et emblème du cinéaste.

En outre tout du long, James Gray rappelle sans cesse Leone et son Il était une fois en Amérique tant par l’éclat de son New York des années vingt que par la noirceur de son propos. Phoenix en héritier de De Niro et Wood ?…

Cependant, malgré toute cette maîtrise, force est de constater que bien qu’il soit superbe esthétiquement, The immigrant n’émeut jamais,  ce qui est dommageable pour un film du genre. La faute à la froide perfection plastique de l’ensemble ou à l’impossibilité de s’identifier aux personnages et à leur absence de positivisme, il est difficile de vraiment savoir pourquoi. Sans doute aussi que le Two Lovers  du même auteur était monté trop haut au firmament et qu’il est désormais difficile de redescendre.

Pourtant à l’image d’un dernier plan crépusculaire d’une simplicité déconcertante et bouleversante, Gray accouche d’un pur moment de grâce à défaut d’un chef d’œuvre. Pourquoi se plaindre au final.

Film américain de James Gray, avec Joaquin Phoenix, Marion Cotillard, Jeremy Renner. Durée 1h57. Sortie le 27/11/2013

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre