Horizon, de Détroit

Evidemment on attendait beaucoup de l’artiste Cantat sur ce nouvel album peaufiné avec Pascal Humbert. Fini Noir Désir, nous voilà au détour du Détroit, avec l’album Horizon.

Deux titres avaient d’abord été dévoilés : Null and Void d’abord, un morceau très séduisant, où l’on reconnaissait ce punch d’antan, ce brin de mélodie qui vous arrache le coeur, et surtout une voix reconnaissable entre mille et pourtant différente. Puis le gros buzz du titre Droit Dans le Soleil, diffusé avec une unique vidéo, très intimiste, montrant un chanteur à fleur de peau, presque vacillant, mais allant de l’avant. Une chanson magnifique bien sûr.


L’album, lui, commence par un titre aux accents Saeziens, presque adolescent donc, l’ode d’un ado en mal de confiance, avec des rimes poussées, trop peut-être, et cette montée en puissance que l’on connaît bien, mais malgré tout avec cette petite chose en moins, un je ne sais quoi de manquant, de manqué, alors que les guitares se saturent et se veulent sales. Quelque chose s’est brisé ici, dans une logorrhée désespérée de cordes criardes et écorchées.
On reste ensuite dans un rythme lent, encore, tandis que le chanteur parle de commotion, de perte de contrôle, toujours accompagné de cette guitare qui hurle en fond sonore comme le ferait un cétacé séparé de sa mère. Et c’est d’ailleurs au total 5 balades sur 12 titres, dont deux interludes.

«L’éternité nous appartient,
chaque seconde la contient»

Ange de Désolation ne peut que nous ramener malgré nous, malgré notre obstination, à comparer ce chemin artistique choisi à la vie même du chanteur, et au drame qui a marqué sa vie. Et bien sûr, la presse est visée dans ce titre, et le chanteur de comparer bonheur et poignards avant d’enchaîner sur Horizon, un horizon qui n’en est pas un puisqu’il parle de sa vie en prison. On laissera seuls juges les auditeurs : seuls capables de choisir entre compassion et renoncement, entre empathie et refus d’entendre. Là encore, la mélodie se veut d’abord plaintive, puis s’arrache entre cris, violons et batterie mordante : mais l’acte est manqué. En son temps Hubert Félix Thiéfaine avait fait mieux, pour soutenir son copain, avec un titre autrement plus enlevé et surtout beaucoup plus puissant, Télégramme 2003 :

«Ronge tes barreaux avec tes dents, le soleil est là qui t’attend, tes amis deviennent impatients».


Justement, le titre le plus puissant serait le plus lent, celui encore qui parle de ce soleil qu’on regarde, Droit dans le soleil. Un titre lumineux et sombre, qui va précisément vers la lumière.
C’est en revanche avec Le creux de ta main qu’on retrouve Cantat le fervent, donnant de la voix et de la gratte, comme autrefois sur 666.667 Clubs.
On le retrouve provocateur et sarcastique sur Sa Majesté, un titre surprenant, assez envoûtant, où l’on pourrait presque entendre Brigitte Fontaine en seconde voix. Puis il y a cet hommage à Léo Ferré, l’appropriation d’Avec le temps, revisité, très électro, très électrique, presque hérétique, charriant cette plainte sur les années perdues. Tout ce qu’on souhaite à Détroit, c’est qu’Horizon s’élargisse, qu’il ne soit qu’un début, un cap, et qu’il le tienne, droit vers le soleil. Le talent est là et ne demande qu’à refleurir.

Horizon, Détroit, Barclay, novembre 2013.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.