[Analyse] Sourires d’une nuit d’été, d’Ingmar Bergman

Frederik, fringuant quadragénaire a épousé Anne en secondes noces. Henrik, le fils de Frederik s’entiche de sa belle-mère, partageant le même âge. Frederik quand à lui retrouve Désirée son ancienne maîtresse et célèbre actrice. Lors d’un dîner organisé par cette dernière, les jeux de l’amour et du hasard vont faire et défaire les couples.

 Avec plus de cinquante films à son actif derrière la caméra, Ingmar Bergman a non seulement marqué de son empreinte le cinéma suédois, mais également l’Histoire du cinéma mondial. Admiratif du cinéma français des années trente et du romantisme allemand, Bergman n’a cessé au cours de sa carrière d’aborder son art sous diverses formes de la comédie à la quête métaphysique en passant par l’introspection psychologique. Point récurent dans toute son œuvre, sa propension à s’intéresser à la femme, ses obsessions, son comportement, son fonctionnement.

Sourires d’une nuit d’été s’impose comme un film clef pour Bergman, premier succès critique et public. Présenté au festival de Cannes en 1956, le film est considéré comme une douce comédie poétique. Si les éléments propres à un marivaudage en règle se mettent en place rapidement (démultiplication des couples possibles, rivalités inhérentes et humour de situation), le film propose déjà les bases que constitueront l’univers bergmanien, en particulier la place prépondérante des femmes dans un environnement qui leur est hostile.

Car ici déjà chaque femme doit se défaire d’une condition peu envieuse ; épouse délaissée et trompée, maîtresse objet de plaisir mais point de stabilité ou servante mise à disposition des caprices des autres. Face à elles les archétypes du pouvoir masculin, enorgueilli par les statuts qui reviennent aux hommes ; comte, avocat ou encore apprenti théologien.

A cette condition difficile, Bergman opposera une finesse peu commune à ses protagonistes féminins pour l’époque, respect dont peu de cinéastes font preuve à ce moment-là. La mise en scène du suédois trouve ici un début de maturité, tant certains dialogues surprennent par un subtil mélange de simplicité et d’ironie. Les retrouvailles et la chamaillerie entre Frederik et Désirée en sont les plus beaux exemples, quand la chaleur intime de leur ancienne passion fait place à une indifférence crue (le voussoiement remplace le tutoiement, Désirée devient Madame). Quand au repas final, Bergman lorgne fortement du côté de Renoir, le film devient clairement un hommage à La règle du jeu.

Pourtant, Sourires d’une nuit d’été n’est décidément pas une comédie romantique comme les autres tant un cynisme glacial parcoure le film tout du long. L’ombre d’Howard hawks et de la Dame du vendredi n’est pas loin, pour un résultat détonnant.

Film suédois d’Ingmar Bergman avec Ulla Jacobsson, Eva Dhalbeck, Harriet Andersson. Durée 1h48. Ressortie le 5 mars 2014s

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.